Dimanche 16 février, une meute de néo-nazis attaquait une soirée internationaliste à Paris, envahissant un local où avait lieu la projection d’un film, avant de tabasser les personnes présentes et de poignarder un syndicaliste de la CGT. Cet attentat n’a suscité aucune réaction du gouvernement, d’habitude si prompt à réagir aux moindre faits divers. Pire, dans un court laps de temps, au moins trois autres attaques fascistes ont eu lieu en France, dans une indifférence glaçante.

Angers
«T’es de gauche, toi ?» La question fuse dans une rue du centre-ville d’Angers dans la nuit du 17 au 18 janvier. Il est 3 heures du matin, et des étudiants rentrent de soirée, lorsqu’ils sont interpellés par un individu d’extrême droite. Lorsqu’ils confirment être de gauche, toute une bande apparaît et commence à leur donner des coups. Les fascistes ne s’arrêtent pas là, ils exigent que leurs victimes fassent des saluts nazis, «sous peine de nous buter» raconte une jeune femme au quotidien le Courrier de l’Ouest.
Les étudiants refusent, et reçoivent une pluie de coups. «On a essayé de se disperser en courant» raconte la victime, «un seul d’entre nous a réussi à s’enfuir sans recevoir de coups. Je me suis retrouvée au sol après une balayette. Je suis incapable de dire ce qui s’est passé ensuite : ça a fait l’effet d’une machine à laver». Certains agresseurs ont été retrouvés, tous angevins, l’un d’eux est responsable d’un club de supporter de foot.
À Angers, l’extrême droite tente de s’implanter depuis des années, et multiplie les violences racistes, y compris en organisant des commandos armés en pleine rue pour aller attaquer une manifestation après la mort de Nahel, en 2023. À chaque fois, la justice fait preuve d’une clémence totale à leur égard, et la police leur apporte même de l’aide.
Rennes
Samedi 22 février, moins d’une semaine après le poignardage de Paris, dans la commune de Cintré, près de Rennes. Anton Burel, 31 ans, est conseiller municipal indépendantiste de gauche. Il passe la soirée avec une trentaine d’habitants dans un bar de la commune. L’ambiance est bonne, jusqu’à ce qu’un groupe de six militants d’extrême droite, «extérieurs à la commune» passent à l’attaque. Au moment de la fermeture de l’établissement, ce groupe lance des slogans d’extrême droite comme «La France aux français» et fait des saluts nazis.
«Je me suis approché de celui qui avait fait le salut hitlérien et je lui ai dit que ce genre de geste et leurs propos n’étaient absolument pas admissibles», explique Anton Burel à Libération. «L’un d’eux m’a répondu “on est chez nous” et il m’a tout de suite frappé. J’ai alors pris un coup de poing dans l’œil et un autre à la mâchoire. Je suis tombé à la renverse. Ma tête a cogné sur le trottoir et j’ai perdu connaissance». Inconscient, il reçoit d’autres coups de pieds et de poing au sol. Signe de l’ambiance délétère qui règne dans le pays, deux personnes confirment le déroulé de la scène à Libération «mais n’ont pas souhaité être citées directement, par peur de possibles représailles».
Alors que les médias de masse adorent créer des semaines de polémique bidon autour de prétendues «violences» à l’égard des élus macronistes, ils ont fait preuve d’une étonnante discrétion sur ce passage à tabac d’un élu breton. De la même manière qu’ils avaient été plus que timides lorsque le maire de Saint-Brévin, près de Nantes, avait failli mourir brûlé vif dans sa maison pour avoir autorisé un centre d’accueil dans sa commune.
Bordeaux
Dans la nuit du mardi 18 au mercredi 19 février, sur le site de Science Po à Bordeaux, une autre attaque d’un commando fasciste.
Un militant des Jeunes Insoumis-e-s quitte les lieux, après être allé soutenir une mobilisation sur ce campus. Vers minuit, «je m’écarte du groupe» de militants avec qui il était venu, raconte-t-il. «Deux hommes cagoulés me suivent». Le militant tombe sur deux voitures à l’arrêt, moteur tournant. «Il y a une ou deux personnes dedans, qui me regardent lourdement, poursuit le jeune homme. Je suis rattrapé par les mecs de derrière. On me demande : ‘’t’es antifa ?’» Alors qu’il leur retourne la question, ces derniers lui disent ‘Nous, on est les fa’. La victime aperçoit «au moins cinq personnes, dont une portait une bombe lacrymogène».
Le commando était visiblement préparé, puisqu’ils sont prêts au combat, et filment la scène, afin d’obtenir une vidéo de violences commises sur un militant de gauche. Ce genre de contenu est ensuite diffusé sur des canaux néo-nazis. «Ils me proposent de me battre en un contre un, avec quatre personnes autour… Je refuse. Et là, je me fais balayer, puis frapper au sol à coups de pied et de poings par trois personnes. Cela dure une dizaine de secondes. Il y en a un qui filme la scène. Ça, c’est très humiliant». Ces pratiques sont historiquement ancrées chez les fascistes : les chemises noires mettaient déjà en scène l’humiliation physique d’opposants en public dans les années 1920.
Les propos d’extrême droite sont omniprésents dans les médias. Les agressions se multiplient de la part de petits groupes prêts à passer à l’acte. Une tentative d’homicide sur un syndicaliste passe désormais presque inaperçue dans la France de 2025.
Le salut ne viendra pas des autorités et il n’y aura pas de sauveur suprême. Organisez vous, rejoignez un collectif dans votre ville, entraînez vous si vous le pouvez, affûtez votre esprit et vos capacités d’autodéfense.
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