
En France, on aime s’indigner de la situation aux USA : Donald Trump et Elon Musk s’en prennent régulièrement à la justice, menacent les magistrats, les accusent d’être «d’extrême gauche», signent des décrets pour libérer des néo-nazis… Quand ces discours et ces actes ont lieu de l’autre côté de l’Atlantique, tout le monde trouve ça scandaleux. Il y a pourtant un trumpisme bien français, et il est déjà au pouvoir.
Depuis la condamnation des cadres dirigeants du RN pour avoir organisé un gigantesque système de détournement de fonds publics, un vol de près de 4,5 millions d’euros sur plusieurs années, le gouvernement a décidé de frapper de toutes ses forces… sur les juges.
Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, dont la fonction est en principe de faire appliquer la loi, vole au secours du RN et attaque la justice en parlant de «juges rouges». Une expression directement empruntée à l’extrême droite, qui insinue que les magistrats seraient des militants gauchistes. Des propos délirants et totalement contraires à la réalité : la justice n’a jamais été aussi sévère, il n’y a jamais eu autant de peines de prison ferme, de comparutions immédiates, de personnes emprisonnées… Par ailleurs, les trois juges qui ont condamné Marine Le Pen n’ont rien à voir, ni de près, ni de loin, avec le Syndicat de la magistrature.
Mais le Trumpisme, aux USA comme en France, se moque totalement des faits.
La justice française compte dans ses rangs des individus comme Charles Prats, qui a été juge des libertés et de la détention à Paris, et qui s’est présenté aux dernières législatives en tant que candidat du RN. Pour le coup, c’est un authentique «juge brun». Cet homme, tenez-vous bien, a notamment été chargé de statuer sur le sort d’un militant antifasciste, Antonin Bernanos, et l’a maintenu en détention pendant de longs mois, par pure idéologie. Ceci n’est qu’un exemple parmi des centaines d’autres de militant-es antifascistes, écologistes, pro-Palestine, syndicalistes, qui sont lourdement condamné-es pour leurs engagements, souvent sur la base de rien, alors que l’extrême-droite la plus violente ou les policiers les plus brutaux bénéficient d’une complaisance judiciaire éhontée.
Suite aux propos scandaleux de Retailleau, les médias des milliardaires ont amplifié la campagne de soutien au RN. RMC a lancé un débat autour de la question : «Faut-il supprimer le syndicat de la magistrature ?» avec des éditorialistes d’extrême droite. Après les manifestations de policiers pour soutenir leurs collègues mis en cause pour la mort de Nahel, les médias ont-ils titré «Faut-il supprimer les syndicats policiers d’extrême droite ?» Évidemment pas, ils les ont invité et leur ont donné des tribunes sans contradiction. Ce qui dérange BFM, RMC ou Cnews, ce n’est pas le manque de neutralité dans la fonction publique, c’est tout ce qui n’est pas d’extrême droite.
Darmanin avait préparé le terrain, en déclarant dès le mois de novembre qu’il «serait profondément choquant que Marine Le Pen soit jugée inéligible et, ainsi, ne puisse pas se présenter devant le suffrage des Français» à la mi-novembre. Il a donc par avance, discrédité la décision à venir à l’encontre du RN. Il est aujourd’hui ministre de la Justice.
Nous sommes entrés dans une nouvelle période. Pendant longtemps, la bourgeoisie s’est réfugiée derrière la légitimité du «droit» et de la «démocratie» pour justifier ses mesures. Elle prônait la «négociation» avec les «partenaires sociaux», et se pliait aux décisions de justice, invoquait le respect scrupuleux de «l’État de droit» pour maintenir le statu quo.
Les temps ont changé. Désormais, les trumpistes qui nous dirigent se moquent ouvertement de la séparation des pouvoirs, menacent la justice, contestent les condamnations qui visent leurs alliés du RN… Bruno Retailleau avait déjà déclaré sans aucun complexe que «l’État de droit n’est pas intangible». Il y a quelques semaines, le gouvernement annonçait qu’il allait imposer le projet d’autoroute A69 malgré une décision judiciaire qui suspendait les travaux.
Après tout, Macron dirige depuis des années par 49.3, écrase toutes les mobilisations sociales et a carrément ignoré le résultat des dernières élections législatives en nommant un gouvernement de droite extrême. Alors pourquoi se priver ? D’une certaine manière, la situation française est pire que celles des USA, puisque « notre » trumpisme n’a même pas le prétexte de la légitimité électorale : c’est un coup d’État, une transition vers le néofascisme.
AIDEZ CONTRE ATTAQUE
Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide.