AmeriKKKa : chronique de la fascisation en cours


Rafle d’étudiant-es, guerre économique, menaces sur le Groenland, un troisième mandat trumpiste déjà annoncé…


En haut : Trump fait la liste des hausses de taxes douanières.
En bas : JD Vance au Groenland.
Bienvenue en AmeriKKKa.

Il y a quelques semaines, à Munich, le vice-président des USA J.D Vance se lançait dans un grand discours sur le recul des libertés en Europe. Le dirigeant trumpiste se posait en défenseur de la «liberté d’expression» et faisait la leçon aux pays européens qui, selon lui, la brideraient. Dans le même temps, son gouvernement applique à marche forcée une politique néofasciste faite de purges, de rafles, de menaces contre le reste du monde et de censure de masse. Nouveau tour d’horizon en ce début du mois d’avril.

Rafles d’étudiant-es pour délit d’opinion

Aux USA, les autorités ont révoqué plus de 300 visas étudiants pour délit d’opinion. L’administration Trump traque les étudiants et étudiantes engagés pour la Palestine. Le secrétaire d’État Marco Rubio s’est félicité de ces chiffres lors d’une conférence de presse : «Chaque fois que je retrouve un de ces cinglés, je lui retire son visa !»

Parmi les personnes raflées, l’étudiante Rumeysa Ozturk a été enlevée par des agents en civils le 25 mars, avant d’être placée dans un camp en Louisiane, à plus de 2.000 kilomètres de sa résidence, en attendant son expulsion. Les images de l’arrestation sont devenues virales : on voit la jeune femme marcher dans la rue, puis elle se retrouve encerclée par plusieurs individus en civil, le visage masqué, qui l’embarquent dans un véhicule. Il s’agit de la police anti-immigration ICE, mais on pourrait croire à un enlèvement par un gang. Les autorités affirment qu’elle aurait «soutenu le Hamas», sans fournir aucune preuve, ni l’inculper. En réalité, elle avait signé une tribune pour la Palestine.

Une autre arrestation avait déjà marqué les esprits le 9 mars : Mahmoud Khalil, porte-parole des manifestations étudiantes de l’université Columbia, a été enfermé en attendant son expulsion pour son engagement. Dans les deux cas, Rumeysa et Mahmoud étaient détenteurs de visas permanents, ce sont des arrestations illégales pour délit d’opinion. Une autre étudiante d’origine sud-coréenne a été ciblée par les mêmes méthodes, alors qu’elle vit aux USA depuis l’âge de 7 ans.

Marco Rubio est très clair : l’objectif est de «retirer le visa de toute personne qui serait contre la politique étrangère des USA». C’est du totalitarisme assumé.

En parallèle, Trump met les universités sous pression : il a réduit de 400 millions de dollars le budget de l’Université de Columbia, bastion des mouvement étudiants. La direction a cédé au chantage et a annoncé «réformer» ses départements sur le Moyen Orient, mais aussi «mieux encadrer» les protestations. C’est une purge.

Intimidation idéologique d’entreprises étrangères

L’ambassade des USA a envoyé une lettre de menace aux entreprises françaises ayant une activité sur le sol américain. Dans le courrier, le gouvernement des USA explique que si ces entreprises appliquent des programmes internes de lutte contre les discriminations, elles pourraient se voir interdire des contrats avec les États-Unis. Ces intimidations ont été envoyées à de nombreuses autres entreprises européennes.

Il s’agit d’une tentative d’imposer la ligne idéologique réactionnaire de Trump à des entreprises étrangères, alors même que le droit des USA ne s’applique pas hors de son territoire. «Il n’y a aucune base juridique pour exiger cela des entreprises françaises», rappellent plusieurs avocats d’affaires cités par la presse. Mais le chantage économique risque tout de même de fonctionner. Aux USA, la plupart des grandes entreprises numériques ont déjà renoncé à leurs programmes «inclusifs» et s’alignent sur la ligne homophobe, transphobe et raciste du pouvoir.

Guerre économique mondiale

«Les nations étrangères seront enfin invitées à payer pour le privilège d’accéder à notre marché, le plus grand marché du monde» a annoncé Trump dans une mise en scène délirante, dans un jardin de la Maison Blanche, entouré d’ouvriers. Il a listé la hausse des droits de douanes appliqués à chaque pays étranger.

Les USA ont imposé à la planète une économie mondialisée, dont ils ont tiré un maximum de profit depuis le siècle dernier, exportant partout leurs produits culturels, leurs voitures, leur agriculture chimique, leurs armes, leur imaginaire de cowboys… À présent, ils décident de mettre à genoux les économies qui dépendent d’eux. Les USA n’ont jamais eu d’alliés, juste des vassaux qu’ils peuvent écraser et pressuriser en fonction de leurs intérêts.

Ainsi, l’Europe se voit imposer une taxation de 20%, la Chine à 34%, le Cambodge à 49%… Un taux calculé de façon opaque, mais une véritable déclaration de guerre économique. Cela pourrait bien accélérer la fin de la mondialisation et du libre échange. Ce que nos dirigeants auraient dû faire depuis bien longtemps, afin d’éviter de dépendre d’économies étrangères, USA en tête, c’est Trump qui l’applique pour ses propres intérêts. C’est catastrophique.

Si les gouvernants européens avaient un petit reste de fierté, ils taxeraient au maximum les firmes US et relocaliseraient leur production et leurs industries à domicile tout en boycottant les grandes marques américaines. Mais nous sommes gouvernés par un homme qui sous-traite des services publics français à Mc Kinsey et qui travaille pour Uber : un agent du capitalisme étasunien. Macron s’est donc aplati et a téléphoné à Trump pour «négocier».

En attendant, cette guerre risque de déclencher une récession aux USA : Apple tire la moitié de ses revenus de la vente de produits fabriqués en Chine, en Inde et au Vietnam, et Amazon n’existe plus sans les revendeurs chinois. Les bourses chinoises sont en baisse, et l’Europe pourrait perdre un point de PIB. Secousses économiques en vue.

Menaces sur le Groenland

J. D. Vance s’est rendu au Groenland le 28 mars, au mépris des dirigeants du territoire arctique et du gouvernement danois, qui lui ont répété qu’il n’était pas invité et qu’il n’était pas le bienvenu. Il est donc resté sur une base militaire des USA, faisant un discours agressif au milieu de la glace.

Le vice-président a répété qu’il était «très intéressé par la sécurité dans l’Arctique», et Trump a rappelé à plusieurs reprises que les États-Unis voulaient contrôler le Groenland, territoire riche en minerais. Un territoire lié au Danemark, pays de l’Union Européenne, membre de l’OTAN et allié des USA. Cette annonce de plus en plus claire de la volonté d’annexer un territoire souverain est la promesse de guerres à venir.

Effacement de George Floyd

À Salt Lake City, une fresque dédiée à George Floyd a été démolie à coup de bulldozer. Les autorités ont organisé plusieurs démolitions ou effacements d’hommages à cet homme tué par la police, et projettent de continuer ce travail de destruction mémorielle. La Black Lives Matter Plaza à Washington DC, artère repeinte avec le slogan du mouvement anti-raciste, a aussi été effacée.

L’effacement idéologique des minorités de genre, de race et politiques doit être systématique, dans les mots, sur les murs, sur les réseaux sociaux et dans le débat politique.

La peine de mort réclamée pour Luigi Mangione

Le 4 décembre, le PDG de l’énorme compagnie privée d’assurance maladie United Healthcare, dont l’actif total est de 273,7 milliards de dollars, était abattu par balle dans le centre de New York, devant un hôtel de luxe.

Luigi Mangione, âgé de 26 ans, était arrêté dans le cadre de l’enquête. Il avait sur lui un manifeste pour expliquer sa colère contre les assurances de santé privées : «Je m’excuse pour tout conflit ou traumatisme. Mais il fallait le faire. Ces parasites l’avaient bien mérité». Il y dénonçait le système de santé «le plus coûteux du monde, alors que l’espérance de vie d’un Américain est classée au 42e rang mondial». Une espérance de vie qui est effectivement en baisse dans la première puissance économique mondiale. Selon le New York Post, Luigi Mangione a perdu sa grand-mère en 2013 et son grand-père en 2017.

Dans un pays où la santé est privatisée, où les assurances engrangent des milliards sans permettre des soins dignes pour la plupart de leurs clients, et que ces firmes sont responsables de milliers de morts et de souffrances immenses, cet acte avait transformé le jeune homme en héros pour une partie de la population.

Le ministère américain de la Justice a annoncé mardi 1er avril qu’il réclamait la peine de mort contre Luigi Mangione. La demande sera formulée auprès du procureur général. C’est une manière de «mettre en œuvre le programme du président Trump visant à mettre fin aux crimes violents et à rétablir la sécurité en Amérique» selon l’administration. C’est la première fois qu’une demande de peine capitale est formulée sous la nouvelle administration Trump.

Un troisième mandat annoncé

Il l’avait déjà annoncé : Trump se rêve en dictateur et n’a pas l’intention de lâcher le pouvoir. À peine réélu, le président de 78 ans a déclaré qu’il y avait «des méthodes» pour briguer un nouveau mandat malgré l’interdiction de la Constitution, qui limite les mandats au nombre de deux. «Je ne blague pas» a-t-il ajouté.

Parmi les méthodes envisagées, il pourrait se présenter comme colistier de J.D. Vance qui serait le candidat officiel. En cas de victoire, Trump serait ainsi réélu mais en tant que vice-président des USA pendant 4 ans. C’était la technique utilisée par Poutine qui avait prolongé son pouvoir en 2008 en se faisant nommer vice-président de Dmitri Medvedev, un membre de sa garde rapprochée. Medvedev était officiellement le président russe en exercice, mais il laissait les rênes du pouvoir à Poutine. Ce dernier s’était représenté aux élections suivantes. Décidément, les néofascistes et les impérialistes du monde entier s’inspirent les uns des autres.

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