Les manifestations s’étendent et font face à la répression féroce du régime des Mollah, sur fond d’instrumentalisations géopolitiques
Cela fait 13 jour qu’un vaste mouvement de protestation, commencé fin décembre, traverse l’Iran de part en part. La colère ne redescend ni à Téhéran ni ailleurs, et des dizaines de localités connaissent des révoltes. Les autorités ont été contraintes de fermer des bâtiments officiels et ont coupé Internet, alors que les miliciens intensifient la répression. Les bilans provisoires évoquent entre 42 et plus de 200 personnes tuées par les forces de l’ordre.
La convergence de revendications sociales et politiques
C’est la plus importante insurrection populaire contre la dictature iranienne depuis le soulèvement du mois de septembre 2022. À l’époque, Jina Mahsa Amini, jeune femme de 22 ans, avait été battue à mort par la police des mœurs du régime, pour avoir «mal porté» son voile. Ce crime avait déclenché un soulèvement massif avec pour slogan «Femme, vie, liberté». Une révolte malheureusement noyée dans le sang, avec des centaines de morts et des milliers d’arrestations.
Cette fois, c’est la situation économique du pays qui a été le déclencheur. La première manifestation a eu lieu le 28 décembre 2025 depuis le bazar de Téhéran, initiée par les petits commerçants, étouffés par la crise de la monnaie nationale, qui a perdu la moitié de sa valeur, et l’inflation des prix. Pour illustrer, le prix du pain et d’un grand nombre de produits alimentaires essentiels a plus que doublé en quelques semaines.
Révoltées par ce marasme économique, la corruption et le durcissement des lois, des milliers de personnes ont rejoint le mouvement, contre un pouvoir sourd à toutes revendications. Les pans de la population les plus durement touchés par la crise descendent à présent dans la rue et n’hésitent plus à résister à la police. Une première photo montrant un homme assis sur la route face à un groupe de policiers à moto est devenue un étendard du mouvement. Mais d’autres initiatives sont plus offensives : un contestataire a par exemple été filmé en train d’utiliser un lance-flamme artisanal contre des policiers. Des édifices religieux et des symboles du régime ont été vandalisés. Certains insurgés auraient fait main basse sur des armes de la police.
Répression sanglante
Dans la rue, des foules de plus en plus importantes scandent «Mort au dictateur» ou encore «Quiconque se dit neutre est forcément sans honneur». La mobilisation est montée d’un cran jeudi 8 janvier, avec une grève générale massivement suivie, à l’appel d’organisations kurdes iraniennes. En 2022, c’était déjà les zones Kurdes du pays qui avaient initiées la grande révolte.
La police tire à balles réelles, sème la terreur avec ses brigades à moto, et aurait aussi utilisé des «munitions tranchantes». L’organisation Human Rights Activists News Agency avait recensé la mort de cinq mineurs avant même la journée de grève générale.
Les hôpitaux sont pris d’assaut par les Gardiens de la Révolution, qui y arrêtent à tour de bras les manifestant·es blessé·es. Dans la journée de vendredi, l’ensemble d’Internet a été coupé, rendant l’accès aux réseaux sociaux impossible. Renfermé dans le silence jusqu’à cette même journée, Ali Khomenei, 86 ans et malade, s’est contenté de traiter de «terroristes» les opposant·es. Le régime semble agonisant, mais l’histoire récente a montré qu’il avait su surmonter de nombreuses crises, soudé par le fanatisme religieux.
L’étau impérialiste
Ce soulèvement est le premier grand mouvement de mobilisations depuis l’attaque lancée par Israël et les USA contre le pays en 2025. Le contexte géopolitique rend d’autant plus difficile les mouvements sociaux en Iran, car ils sont instrumentalisés de part et d’autre : le régime accuse toute opposition de faire le jeu des «sionistes», et l’impérialisme étasunien tente de s’approprier et d’orienter la colère légitime du peuple iranien à son profit.
Donald Trump a notamment osé menacer de bombarder l’Iran si la police commettait des violences contre les manifestant·es. Quelques jours plus tard, sa milice anti-immigration exécutait froidement Renee Nicole Good, 37 ans, à 2 kilomètres du lieu où Georges Floyd avait été assassiné. Israël, par la voix de son premier ministre accusé de crimes contre l’humanité et sous le coup d’un mandat d’arrêt international, s’est déclaré «solidaire du combat du peuple iranien, de ses aspirations à la liberté (…) et à la justice». De la part d’un État auteur d’un génocide, et qui massacre en continu les populations palestiniennes, il y a de quoi s’étrangler. Dans un ordre international qui ne serait pas pourri jusqu’à la moelle, tous les dirigeants corrompus et criminels seraient arrêtés sans distinction.
Enfin, la vieille dynastie des Shah reste en embuscade. Le Shah, Mohammad Reza Chah Pahlavi, était le dictateur sanguinaire pro-occidental qui régnait sur l’Iran jusqu’en 1979, et qui a été renversé par une révolution populaire. Par la suite, cette Révolution a été confisquée par les Mollah, avec la situation qui perdure jusqu’à présent. On entend ces derniers mois dans le camp occidental, des appels de plus en plus récurrents à installer l’héritier de ce roi déchu à la tête du pays, pour faire de l’Iran une monarchie fantoche soumise aux USA et à Israël.
C’est donc dans cet étau, pris entre la répression sanglante du régime islamiste, la crise sociale et les instrumentalisations géopolitiques, que le peuple iranien se soulève une nouvelle fois avec une immense force et courage. Pour, souhaitons-le, faire chuter tous les tyrans, sans Shah ni Mollah.
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