«C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant»
Jacques Prévert

En d’autres temps, on aurait parlé de rafles policières massives sur des mineurs. En d’autres lieux, par exemple si cela se passait en Iran ou en Russie, nous parlerions d’un régime tyrannique qui martyrise une jeunesse héroïque. En seulement trois jours, l’État français a arrêté 635 lycéens et lycéennes.
Vendredi 25 septembre, les autorités annonçaient «31 interpellations dans l’agglomération parisienne». Lundi 28, 164 arrestations dans toute la France. Mardi, le ministre de l’Intérieur revendiquait 440 interpellations, en majorité des personnes mineures. Cela fait donc plus de 600 jeunes privé·es de liberté en trois jours seulement.
De nombreux jeunes rapportent des violences subies en garde à vue : «coup de poing au niveau du foie», «gifle au commissariat», «frappé à l’intérieur de sa cellule»… Des agents ont écrasé la tête d’un adolescent de 15 ans contre le sol et l’ont embarqué en sang. Et puis il y a les innombrables images filmées hier, de jeunes étranglés ou plaqués au sol sous le poids de plusieurs adultes, et dont on ne connaît pas encore le sort.
Cette chasse au jeune devrait être un scandale d’État, le sujet majeur, la question sur laquelle toute la classe politique devrait prendre position. Au lieu de ça, les médias publics comme privés ont déroulé ces derniers jours une propagande nauséeuse, montrant en boucle les mêmes images de poubelles brûlées et dissimulant toutes les violences policières, pour justifier les violences d’État.
Pour retrouver un niveau comparable en terme de répression contre la jeunesse, il faut remonter à l’été 2023, après l’assassinat de Nahel par un policier. À l’époque, il y avait eu 3400 arrestations dans les quartiers populaires, dont une très grande partie de mineurs.
Autre précédent : les Gilets Jaunes. Durant la première semaine du mois de décembre 2018, les lycéen·nes étaient descendu·es dans la rue pour participer au mouvement. Il y avait eu 3.200 gardes à vue de mineurs la même semaine, 700 lycéen·nes arrêté·es rien que le 6 décembre. Et des images qui restent gravées comme un souvenir indélébile du quinquennat : la rafle de Mantes la Jolie. 151 adolescent·es, les mains sur la tête, contre le mur, humilié·es par des policiers.
La jeunesse a toujours été la cible privilégiée des violences d’État, mais à présent le gouvernement pousse le curseur de la sauvagerie au maximum contre des enfants. Ne nous y habituons pas.
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