
ll s’appelait Pretti, elle s’appelait Good. Il avait 37 ans, elle aussi. Tous les deux ont été assassinés à Minneapolis à quelques jours d’écart. Abattus comme des chiens, en pleine rue, par la milice ICE. Pretti et Good : beau et bon. Ce qu’il en reste aux USA, tués sous les balles fascistes d’une puissance impériale crépusculaire.
Alex Pretti, exécuté le 24 janvier, était infirmier dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital des anciens combattants de Minneapolis. Comme Renee Good il n’a fait que s’interposer face aux violences de la milice de Trump. Il participait aux « réseaux d’action rapide », ces réseaux d’entraide qui filment les interventions des agents fédéraux afin d’empêcher les arrestations.
Alex Pretti est mort sans opposer aucune résistance. Son seul tort est d’avoir été solidaire des communautés d’exilé·es persécuté·es de sa ville, et de s’être opposé pacifiquement à la brutalité d’un milicien qui violentait une femme. Plusieurs vidéos montrent l’enchaînement des faits : un milicien d’ICE s’en prend à une dame, Alex Pretti s’interpose, téléphone en main, pour la protéger, en levant seulement le bras pour calmer la situation. Il est immédiatement plaqué au sol par la bande d’agents cagoulés, gazé au sol, frappé et exécuté à bout portant quelques secondes plus tard. Sa dépouille est sommairement fouillée, un des agents applaudit, avant de se replier. Le cadavre est abandonné sans égard, sans secours, comme l’avait été celui de Renee Good. Le policier qui venait d’assassiner la mère de famille avait simplement crié «fucking bitch».
C’est la deuxième victime de l’ICE à Minneapolis en moins de trois semaines. C’est aussi à Minneapolis qu’en 2020, lors du premier mandat de Trump, un autre crime policier – l’assassinat de Georges Floyd – avait provoqué une vague de révolte historique contre les violences policières aux États-Unis. Cette dernière avait fait vaciller le pouvoir en place.
D’après ses proches, Alex Pretti était un homme jovial. Dimitri Drekonja, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital, le décrit comme «un infirmier ‘exceptionnel’ qui voulait aider les gens et un travailleur acharné, toujours prêt à plaisanter et doté d’un esprit ‘contagieux’».
Comme pour Renee Good, les autorités ont immédiatement sali la victime post-mortem. Le dénommé Bovino, le chef de l’ICE, visage anguleux et vêtements de SA, a asséné devant la presse : «Il semblerait qu’il s’agisse d’une situation où un individu voulait faire un maximum de dégâts et massacrer les forces de l’ordre». Stephen Miller, le conseiller à la sécurité intérieure de Donald Trump a qualifié Alex Pretti de «terroriste intérieur» qui voulait tuer des policiers. Kristi Noem, porte-parole du trumpisme, qualifie aussi la victime de terroriste. Malgré les preuves, malgré une scène filmée sous tous les angles et massivement diffusée, les dirigeants étasuniens n’ont aucun problème à écrire un narratif parallèle. C’est une inversion de type Orwellien. Les USA sont devenus un régime dystopique et totalitaire, où le réel ne compte plus.
Si vous voulez une image du futur proche qui nous attend, il faut regarder du côté des USA. Abrutissement de masse organisé par les médias, appauvrissement des affects et isolement généralisé, néolibéralisme jusque dans les vies intimes, militarisation intérieure et offensives armées à l’extérieur. Réhabilitation du nazisme et milices fascistes dans les rues. Nous en sommes au point où des trentenaires blancs de classe moyenne encore animés par un soupçon d’empathie et de courage sont criblés de balles en place publique, sans provoquer de soulèvement généralisé.
Un shérif de Floride, Wyn Ivy, vient de déclarer dans les médias, à l’adresse des manifestant·es : «Si vous résistez à la loi, vous irez en prison. Si vous bloquez une intersection ou un passage, ou si vous crachez sur nos agents, vous irez d’abord à l’hôpital, puis en prison. Si vous lancez des pierres ou des cocktails Molotov sur l’un de nos agents, nous informerons votre famille de l’endroit où récupérer votre corps, car nous vous tuerons sur place».
En parallèle, l’agent du FBI qui était chargé d’enquêter sur la mort de Renee Good vient de démissionner car il subissait des pressions. Vous n’imaginiez pas voir une grande puissance militaire basculer dans le fascisme au XXIème siècle ? Vous y êtes.
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