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Social-démocratie
Tendance de la bourgeoisie qui n’est en réalité ni sociale ni démocrate, qui accepte de faire quelques concessions économiques et d’édulcorer les violences capitalistes dans le seul but de maintenir un ordre social profondément injuste et inégalitaire.
Exemple : le Parti Socialiste et la CFDT sont présentées comme des institutions « sociale-démocrates » alors qu’elles ont accompagné les pire reculs sociaux des dernières décennies, que ce soit sur le plan du droit du travail, des libertés publiques ou de l’écologie. Si les mots avaient un sens, le Parti Socialiste serait classé comme un mouvement de droite dure, et la France Insoumise ne serait pas décrite comme « radicale », mais comme un vrai parti de la gauche social-démocrate. C’est-à-dire un parti ne cherchant pas à renverser l’ordre bourgeois mais à l’aménager pour qu’il devienne plus supportable.
Assistanat
Façon péjorative de qualifier un système qui répondrait aux besoins vitaux des personnes en difficulté sociale. Généralement prônée par des bienfaiteurs de l’humanité comme Bernard Arnault, Nicolas Sarkozy ou Fabien Roussel, la lutte contre l’assistanat pourrait pourtant être « de gauche » si elle visait à s’attaquer aux causes de la misère. Mais plutôt que de combattre les « assistés », il s’agirait de combattre en premier lieu les inégalités, en renversant l’ordre bourgeois.
Si les inégalités cessent, plus la peine d’assister les plus fragiles pour leur permettre de survivre : à chacun·e selon ses moyens, à chacun·e selon ses besoins !
Violence
Ce qui est présenté comme la violence des luttes sociales, dans les médias des milliardaires, consiste souvent dans des dégradations ou des sabotages faisant des dégâts matériels. La violence serait également dans les mots ou les slogans, et la police d’interdire des bouteilles de vin anti-flics.
La violence, en droit, est pourtant le fait de s’en prendre à une personne. Repousser un dangereux cordon policier ne saurait être de la violence, il s’agit ici de s’en prendre à une institution ou bien de s’en défendre. Les policiers sont ainsi libres d’abandonner leur uniforme taché de sang et de retourner chez eux tranquillement.
Les propos de Nelson Mandela nous rappellent d’où provient la violence : «C’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé qui détermine la forme de lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’aura pas d’autre choix que de répondre par la violence».
Une autre citation, plus proche de chez nous, définit la violence qui s’exprime dans nos luttes comme une forme de contre-violence. Ce sont les mots de Glenmor, poète breton : «Lorsqu’il y a un géant qui vous écrase le pied pendant une demi-heure, le fait même que vous réagissiez, que vous vous en débarrassiez, ce n’est pas de la violence, c’est de la contre-violence, c’est de l’auto-défense».
Coût du travail
Élément de langage toxique créé par les exploiteurs, leur servant d’outil de propagande. Les travailleurs et travailleuses ne «coûtent» pas, ils créent de la richesse. Ils rapportent de l’argent aux patrons qui achètent leur travail au prix le plus bas, réalisant ainsi une plus-value qui leur permet de vivre tels des parasites.
Casseur (syn. black bloc)
Le casseur (ou la casseuse, car on ne sait pas quel genre se cache sous le K-way) est un·e manifestant·e qui ne manifeste pas comme le voudrait le pouvoir. Il faut donc stigmatiser le casseur, en faire un ennemi intérieur qui menace la liberté de manifester tranquillement à l’occasion de kermesses syndicales qui ne dérangent personne et n’obtiennent jamais rien.
Les casseurs de vies, les vrais, ceux qui sont au pouvoir, sont infiniment plus violents que les casseurs de vitres.
Peter Gelderloos, auteur de «Comment la non-violence protège l’État», l’explique très bien à travers quelques citations.
Sobriété (syn : écologie punitive)
Cauchemar absolu des capitalistes, la sobriété est un mode de vie où la consommation vise davantage à satisfaire des besoins vitaux et sociétaux que des pulsions dévorantes. La possession de toute chose n’est plus un objectif de vie, remplacé par l’émancipation et la satisfaction de ce qu’on a construit, pour soi et pour les autres.
La sobriété peut être choisie (lorsqu’elle correspond à un objectif politique et un désir de sortie du capitalisme) mais elle peut aussi être subie (face à l’épuisement des ressources, aux catastrophes climatiques ou simplement lorsque l’on est plongé dans la misère sociale que produit ce monde injuste). Étonnamment, c’est la sobriété choisie qui est qualifiée d’écologie punitive dans les médias dominants, qui continuent à fantasmer une croissance économique infinie.
Parasite
Nom masculin : Être qui vit aux dépens d’un autre (appelé l’hôte) sans le détruire.
Adjectif : Ce qui est superflu et gênant.
Le pou, le ténia ou le Bernard Arnault sont des exemples de parasites connus.
Barrage républicain
Stratégie électorale consistant à se faire passer pour le dernier rempart contre le fascisme pour être élu, puis à appliquer le programme de l’extrême droite une fois arrivé au pouvoir.
Variante : le barrage républicain peut aussi être mobilisé contre « l’extrême gauche » pour justifier une alliance avec le RN plutôt qu’avec les islamo-gaucho-éco-terroristes de la France Insoumise. Le résultat est le même qu’avec le barrage précédent, mais au moins le slogan « Plutôt Hitler que le Front Populaire » est assumé.
Capital
En économie, le capital correspond aux moyens de production matériels, comme les machines ou les bâtiments (le capital fixe) et les consommables ou les ressources naturelles (capital circulant). Mais le capitaliste a aussi besoin de travail (l’autre facteur de production) pour produire, réaliser des profits et accumuler encore plus de capital afin d’augmenter ses profits futurs. Marx considère ainsi que le capital est « du travail mort » qui s’accumule, c’est le fruit du travail passé que l’on a transformé en machine pour le profit de la bourgeoisie.
Les économistes parlent aussi de capital humain : c’est du travail qui bouge encore un peu, mais c’est l’humain réduit à l’état de marchandise, de produit à négocier sur le marché du travail. L’humain, en économie, est déshumanisé, vidé de toute consistance sociale ou morale. L’ordre capitaliste devra ainsi être abattu pour retrouver notre humanité.
Manif sauvage
Dans les médias des milliardaires : terme dépréciatif (aux forts relents coloniaux) pour indiquer qu’une manifestation aurait des dispositions violentes et primaires.
Sur Contre Attaque : lorsqu’on utilise le terme « manif sauvage », c’est justement au sens d’une manifestation non-civilisée, c’est la construction spontanée d’un rapport de force qui ne soit pas perverti par des codes culturels policés et des institutions frelatées. La manifestation « civilisée », c’est celle qui ne bouscule rien, la kermesse syndicale qui nous fait regretter d’avoir un jour de grève décompté de notre fiche de paie. Multiplions les manifs sauvages !
Forces de l’ordre ou gardiens de la paix ?
De nombreux termes existent pour désigner la flicaille, et les usages populaires font plutôt état de flics, poulets et autres keufs ou condés. Pourtant, dans les médias, on voit souvent paraître des termes à connotation positive. Ils ne sont pourtant pas si erronés : il suffit d’ajouter le mot « social » au bout de ces expressions.
Ainsi, les « forces de l’ordre social », ce sont littéralement des individus chargés d’employer la force afin de maintenir un ordre social par nature injuste, éviter les débordements voire le renversement de cet ordre social.
La variante « gardiens de la paix sociale » dit la même chose, mais peut-être de façon plus subtile. Des gardiens, donc des gardes ayant là encore la possibilité d’utiliser la violence, qui garderaient une paix sociale ne bénéficiant qu’à la bourgeoisie et ses intérêts. Là encore, le terme de paix est ambivalent : une paix qui permet les inégalités, la misère et les discriminations. On aurait presque envie d’y faire la guerre.
Dans tous les cas, leur mission est claire : loin de protéger la population, les flics sont là pour que les pauvres restent à leur place, et que la bourgeoisie puisse se satisfaire d’un pays qui se tient sage.
Progrès
Concept occidental utilisé pour justifier ce qui n’est, en réalité, que la loi du plus fort et la course vers le désastre.
Néolibéralisme
Posture économique qui consiste à faire croire à une réduction du rôle économique de l’État, alors qu’il s’agit d’une redistribution des richesses : moins d’État social, mais plus d’État autoritaire. Les prélèvements obligatoires ne sont pas diminués, mais ils sont redirigés, les services publics sont décimés (en particulier la santé, les transports et l’éducation) au profit d’institutions qui assurent la pérennité de l’État lui-même (police, armée), d’entreprises partenaires et de cabinets de conseil inutiles.
Le vrai libéralisme consisterait à arrêter de perfuser le patronat d’aides publiques, à arrêter de le protéger. Le néolibéralisme est au contraire la mise au service de la puissance publique pour le secteur privé, au détriment de la population.
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