Contre le narratif victimaire des néofascistes : la listes des victimes de l’extrême droite depuis 2022

En France, l'extrême droite agresse et tue sans faire les gros titres depuis 2022.

Le 12 février à Lyon, un groupe de militants et militantes d’extrême droite a attaqué un meeting de Rima Hassan. Comme à chaque fois que les néofascistes s’en prennent à un événement de gauche, la police laisse faire. Elle contraint donc les organisateurs et organisatrices de ces événements à constituer des services d’ordre pour se défendre.

La réciproque n’est pas vraie : quand des manifestations s’opposent à des meetings d’extrême droite, l’État déploie d’énormes dispositifs policiers pour les protéger et réprime les mobilisations antifascistes. Toujours est-il qu’à Lyon, inévitablement, une rixe a éclaté, et un militant identitaire est entre la vie et la mort.

Puisqu’un narratif victimaire est déjà en train de se propager dans les médias de Bolloré, présentant les agresseurs comme d’innocentes victimes des «antifas», il nous faut rappeler que l’extrême droite tue, mutile et terrorise en toute impunité depuis des années. Voici une liste non exhaustive de crimes racistes et fascistes commis par l’extrême droite depuis 4 ans. Aucun n’a fait la Une des médias. Aucun n’a provoqué de polémique nationale.

19 mars 2022, Paris.

Des néo-nazis agressent un homme racisé en pleine rue, des injures racistes fusent. Il s’avère qu’un rugbyman argentin à la carrière internationale, se trouve à proximité et s’interpose. Il s’appelle Federico Martín Aramburú. Avec son ami, ils sont roués de coups par les nervis racistes. L’un d’eux, Loïk Le Priol, ancien du GUD – groupuscule violent d’inspiration fasciste, exhibe un brassard de police. Puis il revient armé, dans une jeep, et abat de plusieurs balles dans le dos Federico Martín Aramburú. Le père de famille meurt sur le coup.

Loïk le Priol tente de s’enfuir en Ukraine. Lui et ses complices possédaient des armes, des objets nazis et des contacts au sein de la police. Cette affaire, en pleine campagne présidentielle, subit une omerta médiatique presque totale.

Juin 2022, à Lyon.

Le chef des identitaires, un certain Adrien Lasalle, poignarde deux hommes en pleine rue, dont un à la gorge. Le crime a lieu vers minuit. Le néonazi s’était rendu dans un quartier réputé «de gauche» et s’en était pris à deux jeunes hommes de 18 et 23 ans. Ivre, l’agresseur a ensuite frappé les policiers venus l’arrêter et a terminé au poste. Il vient de commettre une double tentative de meurtre.

9 décembre 2022, Charleville-Mézières.

Un retraité raciste abat son voisin, Mahamadou Cissé, d’une balle de fusil à pompe. Le Procureur qualifiera ce crime raciste de «meurtre par exaspération» et remettra le tueur en liberté. L’accusé, un ancien militaire, était membre des commandos marines et avait participé à la Guerre d’Algérie.

23 décembre 2022, Paris.

William Malet, militant d’extrême droite se rend avec une arme à feu au Centre Démocratique Kurde à Paris. Il assassine 3 personnes par balles et en blesse 4 autres. En décembre 2021, à Paris déjà, le même William Mallet avait essayé de tuer des réfugiés soudanais au parc de Bercy à coups de sabre, trois jours après un grand meeting de campagne d’Eric Zemmour. Il était pourtant en liberté.

26 décembre 2022, Évry, en banlieue parisienne.

Un homme de 61 ans tire sur une jeune fille de 13 ans, d’origine maghrébine, qui rentrait chez elle. Il était connu de son voisinage pour ses propos racistes. En garde à vue, affirme qu’il voulait rendre hommage à l’homme qui avait assassiné par balles trois militants kurdes deux jours plus tôt.

17 novembre, 2023, dans le Val-de-Marne.

Un retraité attaque un jardinier franco-algérien qui nettoyait des branches chez une cliente, près de chez lui. L’homme profère des cris racistes avant de planter un coup de cutter dans la gorge de Mourad, causant une plaie très profonde au cou.

Si la victime n’avait pas eu le réflexe d’esquiver la lame, sa jugulaire aurait été tranchée, il serait mort en quelques instants. L’agresseur raciste bénéficiera d’une clémence hallucinante de la justice.

25 juin 2024 à Thiais, dans le Val-de-Marne.

Un chauffeur de bus scolaire non-blanc est victime de menaces de mort, d’insultes et d’une tentative de meurtre de la part d’un automobiliste. Ce dernier refuse de partir d’une place réservée aux bus scolaires devant une école maternelle, alors que le chauffeur devait se garer sur cette place.

L’automobiliste crie: «J’en ai marre des gens comme vous, bougnoules et renois, moi je vote RN, je vais te tuer, je vais te massacrer, je vais vous éradiquer». Puis il percute délibérément avec sa voiture le chauffeur de bus au niveau des jambes. Ce dernier est miraculé.

31 aout 2024, près de Dunkerque.

Djamel Bendjaballah, père de famille maghrébin, est assassiné par un militant d’extrême droite nommé Jérôme Decofour. Ce dernier a écrasé Djamel volontairement. Le tueur était membre d’une milice raciste nommée «Brigade Française Patriote», il avait harcelé et menacé de mort à de nombreuses reprises la victime par le passé. Sans réaction de la police.

20 novembre 2024, dans les Vosges.

Rochdi Lakhsassi, commercial d’une trentaine d’années, est froidement abattu de deux balles dans le dos par un habitant à Chavelot dans les Vosges, alors qu’il faisait du démarchage pour son entreprise. Le meurtrier, Noël Richard, 71 ans, a délibérément visé la victime.

14 décembre 2024, dans le Nord.

Paul, habitant de Dunkerque âgé de 22 ans, démarre sa voiture, lourdement armé, pour aller commettre une série d’assassinats. Il tue d’abord trois personnes, puis se rend devant un campement d’exilés. Il assassine deux hommes de nationalité iranienne, âgés de 19 et 30 ans, qui se nommaient Mustafa et Ahmid. Il ne les connaissait pas. C’est ici qu’il termine son escapade meurtrière, avant de se rendre dans une gendarmerie.

16 février 2025, Paris.

Une trentaine de néo-nazis, dont certains portent des casques de moto, attaquent les locaux de l’Association culturelle des travailleurs immigrés de Turquie. Il y a alors la projection d’un film contre l’extrême droite. Les agresseurs hurlent «Paris est nazi», ils tabassent les participant-es et poignardent un syndicaliste de la CGT, dont le pronostic vital est temporairement engagé. Deux personnes sont hospitalisées.

25 avril 2025, à La Grand-Combe.

Dans cette petite ville de 5.000 habitants dans le Gard, au petit matin, un certain David entre dans la mosquée où se trouve Aboubakar Cissé, qui fait le ménage. Au moment où Aboubakar s’agenouille pour prier, David sort un grand couteau de cuisine et le poignarde violemment : ventre, bras, visage, jambes, dos. 50 coups de couteau. L’assassin prend des photos de la victime avec son téléphone et s’écrie «Je l’ai fait, ton Allah de m**… Je vais me faire arrêter, c’est sûr».

30 mai 2025, Alès.

Une descente néo-nazie vise un bar militant de la ville. «J’ai vu une dame âgée se faire étrangler et gazer à bout portant» explique une personne présente sur place. Les néo-nazis ont frappé sans distinction, blessant une vingtaine de clients. Un militant cheminot PCF, tabassé, a été hospitalisé en urgence.

31 mai 2025, Puget-sur-Argens dans le Var.

Hichem Miraoui, un tunisien, âgé de 46 ans et coiffeur de profession, est assassiné chez lui par son voisin raciste. Ce dernier, Christophe B. a débarqué armé dans l’appartement où avait lieu une soirée. Il a assassiné Hichem et blessé par balles deux autres personnes.

L’attentat est revendiqué politiquement et affiché, par ses publications et des vidéos, son soutien sans aucune ambiguïté au Rassemblement National et aux identitaires. Il assène en vidéo : «Tenez-vous à carreau les bicots, car des mecs comme moi, il va y en avoir plein, plein, tenez-vous à carreau».

15 août 2025, à Royère-de-Vassivière.

Lors d’une fête de ce village de 500 habitant-es, un homme est agressé aux cris de «Sale Noir, tu n’as rien à faire ici». Les amis du jeune homme tentent de s’interposer, mais ceux-ci se font «tour à tour injurier, frapper, étrangler, pousser au sol». Une victime perd connaissance.

Alors qu’elles tentent de quitter les lieux, les victimes subissent une chasse à l’homme raciste. Les agresseurs avinés, dont un élu municipal et le président de la société de chasse locale, les poursuivent dans un pick up en continuant à les insulter, hurlant «la chasse au n**** est ouverte».

Décembre 2025, Nice.

Une bande d’une quinzaine de nervis d’extrême droite sème la terreur. Un groupe de 5 amis, venu boire des coups, se fait attaquer par ces derniers, cagoulés, après s’être fait insulter de «sales bougnoules». Une victime raconte s’être fait «shooter de partout» avant que des passant·es n’interviennent.

18 janvier 2026, Toulouse.

Deux étudiants voient débarquer dans leur appartement un voisin armé leur criant «On ne veut pas d’étrangers, c’est nous qui payons la CAF [..] Je ne donne pas mon nom à des Arabes».

19 janvier 2026, Décines-Charpieu, près de Lyon.

Un lycéen de 17 ans d’origine syrienne est attaqué puis tabassé par 3 hommes cagoulés, avant d’être tailladé au visage par des lames de rasoir. Le tout accompagné d’un torrent d’injures racistes : «Sale Arabe», «Sale Musulman».


Ce décompte est incomplet, car il ne recense que des cas dont a parlé la presse locale, et que nous avons pu recenser. Beaucoup d’autres faits sont probablement passés sous nos radars et ceux de la presse. Nous n’avons compilé ici que les violences physiques contre les personnes, mais pas les incendies de mosquées, tags racistes et menaces, qui se comptent par centaines.

Nous n’avons pas non plus listé les projet d’attentats fascistes et démantèlements de groupes d’extrême droite lourdement armés. Certains s’apprêtaient à passer à l’acte contre des juifs, des musulmans ou des personnalités politiques de gauche. Rien que dans cette liste, en moins de 4 ans donc, nous comptabilisons au moins 11 décès et une vingtaine de blessés graves par balle ou arme blanche qui ont du être hospitalisés. Un bilan terrible, et méconnu de l’écrasante majorité de la population.

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