đź”´ LA JEUNESSE DÉNONCE L’ISLAMOPHOBIE

Une trentaine d’organisations liĂ©es Ă  la jeunesse dont Nantes RĂ©voltĂ©e dĂ©noncent l’islamophobie d’Etat et appellent Ă  rejoindre les manifestations contre l’islamophobie du 12 dĂ©cembre prochain.

« Nous, jeunes, Ă©tudiant-es, salariĂ©-es, prĂ©caires, dĂ©nonçons ensemble l’islamophobie croissante dans notre sociĂ©tĂ©. Nous nous opposons ensemble aux discriminations et violences Ă  l’encontre des musulman-es ou supposĂ©-es comme tel-les.
Nous partageons l’horreur et l’indignation concernant les attentats ayant ciblĂ© des innocent-es. Cependant nous dĂ©nonçons l’instrumentalisation des attentats par le gouvernement pour inscrire dans le droit des lĂ©gislations aussi inefficaces contre le terrorisme que dangereuses pour nos libertĂ©s. Nos libertĂ©s de culte, de conscience, d’organisation sont en pĂ©ril et l’accĂ©lĂ©ration rĂ©cente des violences islamophobes en France impose de prendre position.

Contre les mesures sécuritaires d’exception normalisées,
Contre les arrestations d’enfants pour « apologie du terrorisme »,
Contre la dissolution arbitraire d’associations antiracistes comme le CCIF, ou d’associations humanitaires comme Baraka City,
Contre la fermeture abusive de lieux de prière et d’écoles hors contrats.

Cette islamophobie dĂ©complexĂ©e des institutions tend Ă  lĂ©gitimer des agressions rĂ©currentes Ă  l’encontre de personnes musulmanes ou considĂ©rĂ©es comme telles comme Ă  Paris, au pied de la tour Eiffel, ou Ă  Avignon. Ces attaques sont nombreuses, graves et ne connaissent qu’une mĂ©diatisation limitĂ©e, quand des rĂ©dactions prĂ©fèrent renouveler leur confiance Ă  des Ă©ditorialistes dĂ©jĂ  condamnĂ©-es pour incitation Ă  la haine raciale. Dans ces mĂ©dias, comme dans les institutions, une conception exclusive de la laĂŻcitĂ© est aujourd’hui brandie comme levier de l’islamophobie. Ainsi, on sape les possibilitĂ©s d’expression et d’organisation des musulman-es, on les suspecte, on les accuse et on les stigmatise.

Une islamophobie française sexiste
L’islamophobie n’est pas un phĂ©nomène rĂ©cent.
Elle est liĂ©e Ă  l’histoire de la France comme Etat colonial et impĂ©rialiste, qui s’est engagĂ© dans des conquĂŞtes, des guerres de colonisation et des dĂ©portations de population.
La politique française Ă  l’encontre des populations colonisĂ©es est la matrice du racisme d’aujourd’hui Ă  l’encontre des musulmans et, plus encore, des musulmanes, qui subissent ces attaques racistes, sexistes et islamophobes depuis trop longtemps.
Par exemple, le 13 mai 1958, à Alger, des musulmanes, à la demande des autorités coloniales, sont forcées de brûler leur foulard. Ces « cérémonies de dévoilement » sont le lieu d’une intense humiliation. Ces événements symboliques permettent de faire le lien entre un colonialisme supposément libérateur souhaitant soustraire le corps des femmes à un islam qualifié de « barbare et violent » et les discriminations que subissent les femmes musulmanes aujourd’hui.

Depuis 2004, ces femmes portant le foulard sont encore et toujours plus stigmatisées. L’Etat français justifie ces atteintes au nom de l’émancipation des femmes, bafouant ainsi leur droit fondamental à disposer de leur corps.
Un projet de loi indigne !

Dans la lignĂ©e de cette histoire, le gouvernement Macron a annoncĂ© un projet de loi – dit « renforçant les principes rĂ©publicains » -, qui s’avère ĂŞtre un Ă©nième projet de loi de stigmatisation de l’ensemble des communautĂ©s musulmanes.
Par cette loi, l’État s’arroge le droit de contrĂ´ler et criminaliser la pratique de l’Islam, et demande aux musulman-es de rĂ©pondre d’actes dont elles et ils ne sont pas responsables.

Par cette loi, l’État Ă©tend l’obligation de neutralitĂ© des fonctionnaires aux entreprises privĂ©es dĂ©lĂ©gataires de service publique. Il s’attaque ainsi Ă  la libertĂ© de culte elle-mĂŞme. En Ă©largissant l’interdiction de toute manifestation de conviction religieuse Ă  ces secteurs, l’État compromet un peu plus l’accès Ă  de nombreux emplois aux musulmanes portant le foulard.

Par cette loi, l’État attaque frontalement le tissu associatif musulman. Elle permet la rĂ©pression administrative et financière de toute association ne respectant pas « les principes et valeurs de la RĂ©publique ». Le flou de cette formule laisse la porte ouverte Ă  de nombreuses dĂ©rives et Ă©tend les prĂ©rogatives du gouvernement en matière de dissolution arbitraire d’associations.

Par cette loi, l’État prévoit de sanctionner pénalement les prises de positions publiques des responsables de lieux de culte, bafouant ainsi leur liberté d’opinion et d’expression.
Par cette loi, l’État criminalise le fait de transmettre ou diffuser des images mettant en cause des fonctionnaires ou personnes dépositaires de l’autorité publique. Cela rendrait impossible la dénonciation de discriminations et de violences commises par des personnes occupant ces fonctions et mettrait en péril le droit d’informer ainsi que l’auto-défense populaire.

Pour une mobilisation de la jeunesse antiraciste !

En clair, cette loi est une étape de plus dans la longue histoire française de stigmatisation et de restriction des libertés des minorités religieuses et des personnes issues de l’immigration post-coloniale.
Plus que jamais, il est temps de faire bloc contre l’islamophobie, pour construire le front jeune le plus large possible contre le racisme d’État, en bâtissant des alliances respectueuses des enjeux et trajectoires de chacun-es.

C’est la condition pour que nous puissions réellement « être ensemble ». Nous espérons que cette tribune sera la première étape de la construction d’une opposition durable, rassemblant la jeunesse mobilisée, qui contre les positions de façade fait de l’antiracisme un enjeu politique central, et les organisations musulmanes et antiracistes.
C’est pour cette raison que nous appelons toutes et tous à rejoindre les manifestations contre l’islamophobie du 12 décembre prochain, organisées à l’initiative du Collectif du 10 novembre, partout en France.
Ces dernières semaines, les Marche des LibertĂ©s ont mobilisĂ© massivement. En investissant la rue, il est nĂ©cessaire d’affirmer la place centrale de l’antiracisme pour poser ensemble les jalons d’un avenir serein.

Nous revendiquons donc :

➡️ La reconnaissance de l’islamophobie comme une forme spécifique de racisme.

➡️L’intĂ©gration de la lutte contre l’islamophobie dans les politiques de lutte contre les violences faites aux femmes.

➡️L’abandon immĂ©diat de la loi dite « renforçant les principes rĂ©publicains » et la mise en place de mesures de dĂ©fense des droits des personnes de confession musulmane en France ou supposĂ©es comme telles.

➡️L’abrogation des projets de lois islamophobes qui, depuis 2004, limitent l’accès des femmes musulmanes Ă  l’espace public.

➡️La mise en place de politique pour l’accès au travail des femmes qui portent le foulard.

➡️Le renforcement des sanctions à l’encontre des médias qui diffusent des propos discriminants et incitant à la haine contre les personnes de confession musulmane.

➡️L’abandon par l’Education Nationale de la rhĂ©torique sur les « tenues rĂ©publicaines ».

➡️Que l’Etat protège Ă©galement tous les enfants indĂ©pendamment de leur confessions religieuses en cessant immĂ©diatement les poursuites d’enfants pour « apologie du terrorisme ».

➡️Que l’État mette fin Ă  ses politiques migratoires racistes et Ă  la suspicion de radicalisation d’exilĂ©-es de confession musulmane ou perçu-es comme tel-le-s.

➡️De véritables politiques de lutte contre le racisme systémique dans les institutions publiques : à l’école, dans les hôpitaux, dans la police.

➡️Le retrait des dispositions de l’État d’urgence du droit commun et l’arrêt du fichage administratif de masse.

➡️La fin du harcèlement administratif à l’encontre des structures et associations musulmanes.

➡️Par ce texte, nous réaffirmons notre volonté commune de lutter ensemble pour une société juste et équitable, où l’école et l’université sont des lieux d’apprentissage et d’émancipation ouverts à tou-tes, sans considération de genre, d’origine ou de religion.

Dans nos quartiers, sur nos lieux d’Ă©tudes et de travail, rĂ©unissons-nous pour construire la riposte antiraciste contre l’islamophobie ! »

Premières organisations signataires :

Acta, Action antifasciste Nantes, Action antifasciste Paris Banlieue, Action antifasciste Strasbourg, AKIRA, Alliance Citoyenne du Grand Lyon, Alliance Citoyenne des hijabeuses, BLM Nantes, Collectif antifasciste Picardie, Collectif Dar Harraga, Collectif fĂ©ministe dĂ©colonial NTA Rajel, Collectif McDroits, Collectif Vies Scolaire en Colère IDF, ComitĂ© VĂ©ritĂ© et Justice 31 contre les violences policières et le Racisme d’État, Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie, Étudiants Musulmans de France, FĂ©dĂ©ration Syndicale Étudiante (FSE), Genepi, Groupe Antifasciste Lyon & Environs (GALE), La Chapelle Debout, La Femme en Papier, Mauvais Genre(s) club LGBTQIA+ de l’École du Louvre, MJCF Val de Marne, MWASI Collectif, Nantes RĂ©voltĂ©e, NPA Jeunes Pour des Alliances TPGQF, Se fĂ©dĂ©rer, SIAMO Paris Antifa, Solidaires Étudiant-e-s, Temps qu’on sème, Union des DĂ©mocrates Musulmans Français, Youth for climate Ile de France

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/111220/la-jeunesse-s-engage-contre-l-islamophobie