Pourquoi la presse locale offre-t-elle une tribune à un néo-nazi ?


Une attaque fasciste transformée en “légitime défense”


Le fascisme a atteint un tel niveau de décomplexion et d’impunité en France qu’un néo-nazi auteur d’une attaque armée en plein jour avec plusieurs tentatives d’homicides peut revendiquer son geste tranquillement dans la presse locale. Et même étaler ses mensonges sans contradiction.

Samedi 31 juillet, à Nantes, une équipe de brutes d’extrême droite lançait une charge ultra-violente contre des manifestants anti-pass sanitaire : matraques en fer, jets de plots métalliques, coups de ceintures, bouteilles… Face à la résistance des manifestants, les agresseurs étaient mis en fuite, mais un tel déferlement de violence en plein samedi après-midi est inédit dans notre ville. À la tête des assaillants : Wilfried Van Liempd, néo-nazi connu, cadre du RN, et impliqué dans de nombreuses affaires de violences. La presse locale a pourtant mis deux jours à sortir un premier article sur le sujet. Et de quelle manière !

Un premier article sort le 2 août, non pas pour dénoncer ses actes ou enquêter sur le passé du chef de meute, mais pour… lui donner la parole afin qu’il se défende ! Durant tout l’article, le militant d’extrême droite peut, sans contradiction, expliquer qu’il a été «acculé» par «un groupe d’ultra-gauche» et qu’avec ses amis, il n’a fait que «résister». Il ose même affirmer que ne pas intervenir aurait été «de la non assistance à personne en danger». Tranquille.

Absolument toutes les images et les témoignages montrent sans aucune contestation possible une charge du groupe néo-nazi, ce que Ouest-France ne dit pas. Il y avait pourtant des journalistes sur place !

Quelques lignes plus loin, la responsable du RN, parti souvent présenté comme «respectable», va jusqu’à soutenir et justifier l’attaque néo-nazie : «dès qu’il y a des antifas, il y a des violences». Ici encore, aucune contradiction. Tribune pour l’extrême droite. L’article est tellement consacré à la parole fasciste qu’on peut se demander s’il n’est pas écrit directement par les mis en cause.

Cerise sur le gâteau, la préfecture explique avoir «stoppé la bagarre» et fait «6 arrestations» : encore un mensonge éhonté parfaitement vérifiable. Les images montrent que la police laisse faire les néo-nazis et charge seulement une fois qu’ils ont été mis en fuite, 10 minutes plus tard. En réalité, les interpellations ont été effectuées au hasard bien avant et bien après l’attaque, et ne concernent en aucun cas le commando.

Ouest-France laisse Wilfried Van Liempd affirmer qu’il ne faisait pas le service d’ordre du groupe pétainiste Civitas. Les journalistes n’ont, ici encore, fait aucune vérification : il suffit de consulter la page Facebook de Civitas qui évoque «des militants natios venus prêter main force à Civitas». C’est écrit noir sur blanc, consultable par tous.

Rebelote le lendemain : le même journal (et le même journaliste Emmanuel Vautier) offre une nouvelle tribune au même individu, qui explique à nouveau qu’il a frappé «en légitime défense» à coup de matraque. Le journal transforme cette fois ci l’agression en «affrontement entre extrême droite et ultra-gauche», comme s’il y avait une équivalence entre attaquants et attaqués. Pire, insidieusement, alors que le militant justifie le port de la matraque, Ouest-France complète : «les affrontements sont récurrents à Nantes». Sous entendu, il est justifié de se défendre.

Ces deux articles sont révélateurs. Dans les colonnes de la presse, les fascistes disent compléter le travail de répression contre «l’ultra-gauche» et ils sont tellement convaincus de leur impunité qu’ils annoncent leur intention de revenir dans les manifs.

Est-il utile de rappeler que si des militants révolutionnaires commettaient le dixième de telles attaques physiques, préméditées et filmées, non seulement ils n’auraient pas de tribune dans la presse pour se défendre, mais en plus ils seraient placés illico en cellule, avec des reportages à charge sur leur prétendue «violence». Rappelons qu’à Nantes la police et la justice ont monté une enquête tentaculaire pour «association de malfaiteurs» pour un homard en papier mâché destiné à une manif. Un homard ! Mais des individus d’extrême droite peuvent faire régner la terreur en toute impunité.

Pour finir, on peut féliciter ce journal pour avoir réussi l’exploit d’écrire un tel article sans mentionner les précédents dossiers de violences fascistes et homophobes commises par la personne interviewée. Le jour où les auteurs souhaiteront faire du journalisme, peut-être faudra-t-il commencer par éviter une telle tribune gratuite. Et éventuellement contacter des gens qui travaillent sur le sujet. Ou plus incroyable encore, des témoins de la scène…

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