«Pays réel», «nation organique», «grand soldat» : Macron est-il pétainiste ?


8 ans de clins d’œil et de soutien à l’extrême droite française


Portrait de Macron façon pétainiste

«Il y a 80 ans, les collaborationnistes du régime de Vichy ont organisé la rafle du Vel d’Hiv. Ne pas oublier ces crimes, aujourd’hui plus que jamais, avec un président de la République qui rend honneur à Pétain et 89 députés RN».


Voilà le message publié par la députée Insoumise Mathilde Panot le jour de la commémoration de la rafle antisémite du Vel d’Hiv, organisée par la police française en 1942. Ces deux phrases, factuelles, ont provoqué une polémique délirante de la part des membres du gouvernement. La députée a été insultée, accusée de «révisionnisme» et même appelée à démissionner. Alors, Macron est-il pétainiste ?


Le président tente-t-il de réhabiliter une forme de néo-pétainisme en France ? Éléments de réponse :


  • 2015, Emmanuel Macron vient d’être nommé ministre de l’économie. Le 8 mai, il se rend à Orléans pour célébrer Jeanne d’Arc, symbole traditionnel de l’extrême droite. Il estime devant les médias qu’il «nous manque un Roi».
  • 2017, le candidat financé par les lobbys et soutenu par les médias lance son mouvement : «En Marche». Ce nom interpelle. Le Régime de Vichy avait nommé ses reportages de propagande «La France en Marche». Durant toute la campagne, Macron utilise régulièrement la formule «ni droite ni gauche», qui a été pendant plusieurs décennies un slogan phare du Front National.
  • Janvier 2018 : «France is back», «la France est de retour» répète Emmanuel Macron au forum de Davos, clin d’œil appuyé à l’extrême droite américaine.
  • Novembre 2018 : Emmanuel Macron déclare, pour les 100 ans de la fin de la Première Guerre Mondiale, que «Pétain était un grand soldat». Pour rappel, Philippe Pétain a d’abord été antidreyfusard à la fin du 19ème siècle, il a fait fusiller des soldats pour l’exemple pendant la guerre, puis bombardé la population marocaine au gaz moutarde dans les années 1920, avec un autre militaire et futur dictateur : le Général Franco.
    Pétain a ensuite instauré une dictature nationaliste en France, collaboré avec Hitler et les nazis, et appliqué une politique antisémite qui a conduit des dizaines de milliers de juifs et juives à la mort. Pétain et sa police ont aussi le sang de milliers de résistant-es sur les mains. Pétain est le seul chef d’État français à avoir été frappé d’indignité nationale. Avec cette déclaration, Macron reprend à son compte tout l’imaginaire et la propagande néofasciste qui insiste sur les «qualités» militaire de Pétain pour mieux le réhabiliter.
  • 21 août 2019 : à deux reprises Macron affirme que «l’État profond» l’empêcherait de se rapprocher de Poutine. Le président reprend littéralement le concept brandi par Donald Trump au même moment.
  • Octobre 2019 : Macron invite dans son avion privé le magazine d’extrême droite Valeurs Actuelles et lui offre une interview exclusive, en tenant des propos réactionnaires.
  • Décembre 2019 : Elie Hatem, figure du militantisme royaliste et notoirement antisémite, fait des selfie avec le couple Macron, tout sourire, à l’Élysée.
  • Février 2020 : lors d’une rencontre à l’Élysée, Macron évoque le «pays légal» et le «pays réel». Il s’agit d’un concept du dirigeant de l’Action Française, Charles Maurras. Un idéologue violemment antisémite, royaliste et pétainiste.
  • Mai 2020 : Macron appelle le polémiste pétainiste Zemmour pendant 45 minutes pour lui témoigner son «soutien», après que quelqu’un lui ait crié dessus dans la rue. Il commande alors à celui qui sera candidat de l’extrême droite radicale une note sur l’immigration.
  • Mai 2020 : Emmanuel Macron surprend en utilisant l’expression «enfourcher le tigre». Il s’agit d’un clin d’œil au fasciste italien Julius Evola, auteur du livre «Chevaucher le tigre». Cet ouvrage est une référence connue pour l’extrême droite mystique.
  • Février 2021 : le ministre de Macron Gérald Darmanin trouve Marine Le Pen «trop molle» lors d’un débat télé.
  • Juillet 2021 : Emmanuel Macron, prétendu garant de la «laïcité», se rend dans un sanctuaire catholique de Lourdes, célèbre pour un «miracle» religieux : la vierge Marie serait apparue à une jeune croyante. Aucun chef d’État français n’était allé dans ce lieu religieux depuis le Maréchal Pétain : le Régime de Vichy exaltait alors une France chrétienne et réactionnaire.
  • Août 2021 : Macron impose la «loi séparatisme», une batterie de mesures violemment islamophobes, autoritaires et répressives, saluées par l’extrême droite. Peu après, cette loi est utilisée pour dissoudre des associations musulmanes et militantes de gauche.
  • Avril 2022 : Joseph Estoup, ancien putschiste d’extrême droite durant la guerre d’Algérie, est fait commandeur de Légion d’Honneur, avec l’approbation du gouvernement Macron.
  • Juin 2022 : la première séance du mandat a eu lieu à l’Assemblée, et c’est un député du Rassemblement National qui fait le discours d’inauguration, en rendant hommage à l’Algérie française. Les députés macronistes applaudissent sans vergogne.
  • 14 juillet 2022 : Macron décrit la France en utilisant le concept de «nation organique». C’est littéralement un concept fasciste, une idée forte qu’on retrouve notamment chez Mussolini et Hitler.
  • 16 juillet 2022 : des députés du RN, parti fondé par des collaborationnistes et des néo-nazis, sont invités par l’Élysée à commémorer la Rafle du Vel d’Hiv.

Macron est-il pétainiste ? Son parcours, ses choix et ses déclarations semblent le démontrer. Est-il sincèrement convaincu des vertus du régime de Vichy ? Est-ce purement stratégique ? Difficile à dire. Une chose est sûre : Macron est un bourgeois radicalisé qui installe un régime hybride basé sur une une coalition avec l’extrême droite. Il organise depuis des années une confusion brutale visant à réhabiliter une forme renouvelée du fascisme.

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