Une enseignante menacée par les fascistes


Le clan Zemmour fait annuler une sortie pédagogique à Calais en 48 heures


La polémique grotesque lancée par l’extrême droite et un syndicat policier contre le jeu «Antifa» a beaucoup fait rire. Les fascistes qui se sont immiscés dans les médias au nom de la «liberté d’expression» et du «il faut écouter toutes les opinions» se révèlent pour ce qu’ils sont : des censeurs, des tyrans, des gens qui veulent éliminer toute pensée différente dès qu’ils ont le pouvoir.

Mais une autre affaire, bien plus grave, est passée relativement inaperçue. Les fascistes ont fait annuler une sortie scolaire après avoir menacé de mort une enseignante. L’histoire se passe au lycée Watteau de Valenciennes. Une prof qui enseigne à des classes préparatoires prévoit un programme «regroupant trois disciplines : théâtre, culture antique et philosophie. Les questions abordées sont celles de l’exil et de la citoyenneté». Dans ce cadre, une sortie scolaire est prévue à Calais le 2 décembre 2022. Il est question d’une rencontre avec une association d’aide au réfugiés, l’Auberge des migrants, mais aussi d’ateliers et d’ethnographie.

En un temps record, un collectif lié à Eric Zemmour, «Parents vigilants», qui s’organise pour faire pression sur le corps enseignant et imposer sa vision réactionnaire, repère l’initiative. Nous sommes le 28 novembre et les réseaux d’extrême droite s’emballent, des appels à «protéger les enfants» circulent. En classe prépa, les «enfants» sont majeurs, diplômés et étudiants, mais peu importe, le mensonge est l’arme systématique des fascistes. Le porte-parole du parti Reconquête dans le Nord se vante d’avoir «interpellé le recteur de l’académie de Lille en vue d’obtenir l’annulation de la “visite”», d’autres prétendent qu’une enseignante «impose son idéologie», le compte officiel d’Eric Zemmour affirme qu’elle veut «enrôler ses élèves dans des activités pro-migrants à Calais» tout en évoquant un «grand endoctrinement au service du grand remplacement». L’emballement est amplifié en quelques heures sur la chaîne du milliardaire Bolloré. Le jour même, Cnews tourne en boucle avec un bandeau «l’idéologie pro-migrants entre à l’école».

Entre-temps, cette enseignante reçoit des messages d’insultes et même des menaces de mort, une déferlante de haine à laquelle elle ne s’était pas préparée. Des sites d’extrême droite ont divulgué son nom et sa photo… Et dès le 29 novembre, la sortie est annulée. Le rectorat communique : «Suite aux réactions violentes et aux menaces inexcusables reçues par l’enseignante à l’initiative du projet, il a été décidé, conjointement avec l’établissement, d’annuler cette activité éducative et pédagogique, les conditions de sécurité n’étant pas réunies.» Une plainte est déposée. L’affaire est close, pas de vague. Plutôt que de défendre une de ses enseignantes attaquée, les autorités éducatives font profil bas et se soumettent.

L’extrême droite a donc réussi, en moins de 48h, à menacer de mort une professeure et à faire annuler sa sortie scolaire à Calais. Imaginons à la place des réseaux de Zemmour, qu’il s’agisse d’intégristes musulmans : l’affaire aurait provoqué un raz de marée politique et médiatique, des déclarations tonitruantes de tout le gouvernement et probablement une vague de nouvelles mesures. Ici, rien du tout. Silence radio.

Si l’extrême droite s’est attaquée à cette sortie, ça n’est pas seulement pour dénoncer l’aide humanitaire aux réfugiés. C’est aussi pour allumer un contre-feu : les élèves, et plus largement la population, ne doivent pas savoir ce qui se passe réellement à Calais. Des tentes y sont lacérées en plein hiver, des exilés y sont frappés, humiliés, les associations sont interdites de donner de l’eau et de la nourriture, les gazages sont réguliers et les expulsions quotidiennes. Tout cela, ni le gouvernement ni ses alliés racistes ne veulent l’ébruiter, trop occupés à stigmatiser les migrants.

Cette affaire démontre une fois encore que les fascistes bénéficient de réseaux puissants, implantés sur le territoire, et de groupes de pression organisés, appuyés par d’importants canaux médiatiques. Ces gens sont peu nombreux mais ils sont très nuisibles, efficaces et ils ont des moyens. Et surtout, ils ne rencontrent aucune résistance sérieuse. Ce qu’il s’est passé dans le Nord est grave. Aujourd’hui une sortie scolaire et ensuite ? L’extrême droite dictera les programmes ? Et après ? L’élimination des profs dont l’enseignement ne convient pas aux nostalgiques de Pétain ?

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