Le gouvernement à l’assaut d’Internet et des réseaux sociaux


Coupure d’internet, censure des réseaux : Macron veut liquider les derniers canaux de contre-information


Vendredi 30 juin, à propos de la révolte en cours depuis la mort de Nahel, Macron s’est lancé dans un discours lunaire. Face à la colère immense, il aurait pu faire des annonces politiques, comme la fin de l’impunité policière, ou le retrait du permis de tuer pour «refus d’obtempérer». Mais non Macron s’est attaqué aux réseaux sociaux. Il a appelé les plateformes en ligne à un «esprit de responsabilité». Il a notamment cité Snapchat et TikTok, considérés comme responsables des «rassemblements violents», d’une «forme de mimétisme» et «une sortie du réel».

Macron, toujours plus possédé, à poursuivi en estimant que les révoltés «vivent dans les jeux vidéo qui les ont intoxiqués». Comme si le soulèvement était de la faute des réseaux sociaux et non de l’exécution par balle d’un jeune par un policier. Comme si les révoltés étaient des décérébrés qui prennent des risques immenses sans raison. Comme si les réseaux sociaux étaient responsables de décennies de politique racistes, néolibérales, de répression, de relégations et d’humiliations. Comme si, avant les réseaux sociaux, il n’y avait pas de révoltes populaires.

Contrairement à Macron, on peut même supposer que sans les écrans qui canalisent énormément de temps et d’attention et poussent à rester chez soi, les explosions de révolte seraient probablement plus régulières et plus fortes.

Quoiqu’il en soit, Macron a annoncé : «Nous prendrons dans les prochaines heures plusieurs dispositions (…) d’abord en lien avec ces plateformes, afin d’organiser le retrait des contenus les plus sensibles».

Dans la foulée, le Ministre de la justice Dupont-Moretti dénonçait la plateforme Snapchat et publiait une circulaire aux procureurs pour des réquisitions judiciaires à l’encontre du réseau social pour faire fermer les comptes relayant les images d’affrontement et retrouver leurs auteurs. Ce samedi, il lançait : «Si vous balancez des trucs sur Snapchat, le compte, on va le péter, vous serez retrouvé et sanctionné».

Vendredi soir, les responsables de Meta, Snapchat, Twitter et TikTok étaient convoqués par le gouvernement français pour «prendre plusieurs dispositions». En clair réguler les réseaux sociaux voire les interdire temporairement, comme le font les dictatures en cas de soulèvements ces dernières années. Depuis quelques jours, les forces de l’ordre envoient même directement des demandes de suppression de contenu à des comptes relayant les révoltes en cours.

Pour couronner le tout, Twitter est K.O. depuis ce samedi midi. Elon Musk a fait savoir qu’il avait des problèmes de stockages de données, et n’autorise plus que les comptes payants à accéder à un grand nombre de tweets, les autres ayant un accès très limité. Cet ultra-libéral a racheté un réseau social fonctionnel et il en a fait en quelques mois un outil inefficace, chaotique et payant. C’est un gros problème, car c’est par Twitter qu’une grande partie des images de violences policières sont diffusées et que les actions et mobilisations sont relayées par les journalistes de terrain. Hasard ou pas, cet énorme bug de Twitter est une aubaine inouïe pour le gouvernement.

Le pouvoir envisage même de couper totalement internet dans certaines zones. Vendredi, il a demandé aux opérateurs de télécoms Orange, Bouygues, SFR et Free s’il leur était «techniquement possible» de couper la data mobile, 4G et 5G, sur certains quartiers en France. Ces entreprises ont répondu que c’était «techniquement irréalisable vendredi soir», mais «faisable par la suite», émettant tout de même quelques réserves, notamment sur l’application de communication des forces de l’ordre qui serait elle aussi touchée par ces coupures localisées, et réclamant un cadre juridique pour de tels arrêts de réseaux qui empêcheraient aussi les appels d’urgence dans les quartiers concernés.

Du côté du PCF, on applaudit l’idée de censure du net. Fabien Roussel a réclamé ce samedi «l’état d’urgence sur les réseaux sociaux plutôt que sur les populations» et proposait de «couper» les réseaux sociaux «quand c’est chaud dans le pays». La gauche responsable a parlé.

La France rejoindrait ainsi le club des régimes très démocratiques qui coupent internet à leur population en cas de contestation, comme l’Iran, la Biélorussie, la Chine ou le Kazakhstan. Cela fait des années que Macron rêve de contrôler les réseaux sociaux et le net, on se souvient qu’après les Gilets Jaunes il avait déjà convoqué Marc Zuckerberg et fait passer une loi sur les «contenus haineux en ligne». Dans un pays où quelques milliardaires d’extrême droite contrôlent quasiment tous les médias dominants et recrachent en permanence la propagande policière, le net est l’un des derniers contre-pouvoirs. Éliminer ces dernières voix discordantes, les derniers réseaux qui peuvent encore contredire le pouvoir et sa police, c’est l’obsession de Macron.

Rappelons que sans réseaux sociaux, la vidéo de l’exécution de Nahel ne serait tout simplement jamais sortie.


Sources :

https://la-bas.org/la-bas-magazine/la-bas-express/darmanin-veut-couper-les-reseaux

https://www.20minutes.fr/by-the-web/4043796-20230701-emeutes-apres-mort-nahel-gouvernement-met-pression-reseaux-sociaux

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