Laïcité ? L’État finance l’enseignement privé catholique et bourgeois


Alors que l’Éducation publique tombe en morceaux et que certains cours ne peuvent plus être assurés dans les établissements populaires qui en ont le plus besoin, le clan Macron met en scène une chasse aux abayas : des robes longues orientales. Le tout au nom d’une prétendue «laïcité».


«L’école, c’est laïc» martèle Olivier Véran. Il oublie que l’État français subventionne massivement les établissements privés religieux. L’enseignement privé a reçu 8 milliards d’euros d’argent public en 2022.

Oui, on a tendance à croire que ces écoles religieuses s’autofinancent avec les frais d’inscription que doivent payer les familles, mais pas du tout. L’État subventionne l’école privée : «ces crédits financent la rémunération des enseignants et le forfait d’externat versé aux établissements du second degré, destiné à couvrir leurs charges de personnels de vie scolaire». Les collèges et lycées privés sont financés pour 65,7% par l’État et regroupent 2 millions d’élèves en 2022, soit 17,6% des effectifs scolarisés, sur environ 7500 établissements. L’écrasante majorité de ces structures est catholique : 96%.

Majoritairement financé par l’État, le privé est gagnant sur toute la ligne : l’argent public s’ajoute aux frais versés par les familles, ce qui permet à ces établissement d’avoir de meilleurs bâtiments, une meilleure qualité de cours, des classes moins remplies et des activités extra-scolaires… Au détriment des écoles publiques. Bref, c’est un pillage destiné à des élèves qui n’en ont pas besoin. On déshabille le public pour habiller le privé.

La Cour des Compte relève que «depuis 20 ans la mixité recule dans ces établissements. Les élèves de familles très favorisées, qui constituaient 26,4% des effectifs de l’enseignement privé sous contrat en 2000, en représentent 40,2% en 2021». Les enfants de millionnaires bénéficient de supers cours, entre gens de bonnes familles, payés en partie par l’État. Les arrondissements les plus riches de Paris, par exemple le 16ème, comptent deux tiers d’établissements privés. Vous avez dit séparatisme ?

En 1984, le Parti Socialiste avait tenté de mettre fin à ce scandale, avec une loi visant à intégrer l’enseignement privé dans le service public d’Éducation. La droite s’était mobilisée massivement : 500.000 catholiques avaient même manifesté devant le château de Versailles, tout un symbole ! Et le gouvernement avait reculé. Le séparatisme des élites est donc toujours assisté par l’argent public.

Et tout cela sans aucun contrôle. «Plusieurs textes réglementaires encadrent ces contrôles. Pourtant, ces règles ne sont ni connues, ni a fortiori appliquées par les différentes parties prenantes» déplore la cour des comptes en 2022. Il n’est pas rare, dans les établissements privés, de trouver des crucifix dans les salles de classe ou d’intégrer des messes obligatoires aux emplois du temps des élèves, ce qui est rigoureusement interdit. Et c’est sans compter le recrutement de profs parfois particulièrement réactionnaires, qui tordent allègrement le cou aux quelques parties du programme qui restent progressistes malgré Mark Sherrigham.

Sans argent public, ces établissements privés religieux qui assurent un enseignement confortable – et souvent bien réactionnaire – aux enfants des riches s’effondreraient. En résumé, la République soi-disant laïque finance des écoles cathos tout en persécutant les élèves musulmanes dans les écoles publiques, déjà souvent défavorisées.

C’est exactement l’inverse de la laïcité, la vraie. Celle qui consisterait à reprendre l’argent donné aux écoles religieuses pour assurer un enseignement public de qualité, ouvert à toutes et tous, sans distinction ni discrimination. La loi de 1905, aujourd’hui brandie par l’extrême droite, est explicite : c’est à l’État d’être neutre vis-à-vis des croyances, pas aux usagers des services publics.

Financez Contre Attaque
Tous nos articles sont en accès libre. Pour que Contre Attaque perdure et continue d'exister, votre soutien est vital. 
Faire un don

4 réflexions au sujet de « Laïcité ? L’État finance l’enseignement privé catholique et bourgeois »

  1. Comme vous le dites, les effectifs sont passés de 24.6% en 2000 à 40.2% en 2021. Pour quelles raisons les gens continuent-ils à mettre leurs enfants dans des établissements privés et le plus souvent confessionnels malgré le matraquage médiatique de ces derniers?

    1. Comme écrit dans l’article « ces établissement ont de meilleurs bâtiments, une meilleure qualité de cours, des classes moins remplies et des activités extra-scolaires » auquel j’ajoute un entre-soi qui rassure les parents … Pb : le tout payé par l’argent public

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *