La doctrine Dahiya : les civils gazaouis sont-ils des dommages collatéraux des frappes israéliennes ?


Depuis l’offensive du Hamas le 7 octobre, Gaza est assiégée. La ville est pilonnée par l’armée israélienne sans interruption de jour comme de nuit. Plus de 6 000 tonnes de bombes ont été larguées. La bande de Gaza vit sous blocus depuis 2007. Les Gazaouis n’ont nulle part où aller. Dans cette prison à ciel ouvert, environ 1 bâtiment sur 20 a été détruit par les frappes israéliennes en deux semaines. Des écoles, des hôpitaux, des camps de réfugiés ainsi que des lieux de cultes sont visés par les bombardements de Tsahal.


En France, sur les plateaux de télévision, les propagandistes de l’État colonial israélien répètent en boucle que les victimes civiles sont des «dommages collatéraux», de simples accidents malheureux inévitables dans un contexte de guerre, que «l’armée la plus morale du monde» (sic) ne vise que des objectifs militaires pour anéantir le Hamas. Pour preuves, les communicants de Tsahal parlent de SMS envoyés à la population gazaouie pour qu’ils puissent évacuer les bâtiments qui seront ciblés par les bombardements aériens…

Pourtant les chiffres sont effroyables. Au 20 octobre, les autorités palestiniennes annonçaient 4 137 Palestiniens tués dont 1 661 enfants et de 13 162 personnes blessées…. Avec d’aussi nombreuses victimes civiles, comment croire que l’objectif des frappes israéliennes ne vise qu’à anéantir la résistance armée de la bande de Gaza ? Le massacre de milliers de civils, est-il de l’ordre du «dommage collatéral» comme l’expliquent les propagandistes de guerre israéliens ? Bien sûr que non. C’est même une doctrine militaire imaginée par les généraux israéliens en 2006 au Liban. La doctrine Dahiya.

En juillet 2006, la «deuxième Guerre du Liban» éclate. Le conflit armée oppose L’État israélien au parti chiite islamiste du Hezbollah – parti basé à Beyrouth. Les combats vont durer plus de 30 jours. À la suite de tirs de roquettes et d’une incursion d’un commando du Hezbollah en Palestine occupée, 8 soldats de Tsahal sont tués tandis que d’autres sont kidnappés, les généraux de l’armée israélienne décident de mettre en œuvre une nouvelle doctrine militaire. En «représailles», elle prône l’usage disproportionné de la force en milieu urbain, sans aucune distinction entre cibles civiles et militaires dans un but de «dissuasion». Un quartier densément peuplé de la banlieue sud de Beyrouh va en faire les frais. Un déluge de feu s’abat sur le quartier de Dahieh Janoubyé (Dahiya) au mépris du droit international et de la guerre. Les bombardements tuent 1 191 civils libanais et en blessent plus de 4 000 autres.

En octobre 2008, le général israélien Gadi Eizenkot formule à l’agence Reuters le principe de cette doctrine militaire : «Ce qui est arrivé au quartier Dahiya de Beyrouth en 2006 arrivera à tous les villages qui servent de base à des tirs contre Israël. […] Nous ferons un usage de la force disproportionné [sur ces zones] et y causerons de grands dommages et destructions. De notre point de vue, il ne s’agit pas de villages civils, mais de bases militaires. […] Il ne s’agit pas d’une recommandation, mais d’un plan, et il a été approuvé. […] S’en prendre à la population est le seul moyen de retenir Nasrallah [le chef du Hezbollah].»

Ce qui se passe en ce moment à Gaza est une attaque assumée de l’État colonial israélien envers les populations civiles palestiniennes. Dans la tête des généraux israéliens, Gaza est «une base militaire», une infrastructure à détruire. Les gazaouis deviennent des ennemis à abattre. Les déclarations des fascistes israéliens au pouvoir de ces derniers jours le prouvent. Certains d’entre-eux appellent à raser Gaza. Il n’y a plus de différences faites entre combattants et civils.

Ces stratégies s’inscrivent dans la tradition coloniale des guerres asymétriques : pour combattre le FLN en Algérie, l’armée française n’avait pas hésité à déplacer des millions de paysans algériens et à les enfermer dans des camps, pour éviter que les indépendantistes ne se «cachent» dans la population. Ainsi, les campagnes étaient «vidées», et tout âme qui vive abattue sur le champ. Ces opérations ont tué des centaines de milliers de civils. Le préfet de Paris Maurice Papon déclarait aussi en 1961 : «Pour un coup reçu, nous en rendrons dix». Une logique appliquée à la lettre par l’armée israélienne.

Ce basculement sémantique à un objectif clair : justifier le massacre délibéré de population civile et les névroses génocidaires de l’extrême-droite israélienne. Une escalade monstrueuse contre les Gazaouis pour les terroriser et démoraliser. Une doctrine insoutenable mais soutenue par les gouvernement occidentaux : la doctrine Dahiya.

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