No Macadam : un week-end contre l’autoroute A69


Reportage photo


Les abeilles quittent la ruche

Depuis plusieurs mois, le rendez-vous était fixé par différents collectifs comme La Voie est Libre, Extinction Rébellion Toulouse, GLAM Sud ouest, les Soulèvements de la terre et pleins d’autres. Toutes et tous à Saix, aux abords de la ville de Castres, afin de faire barrage aux ambitions climaticides des politiques nationales et régionales de bétonner plutôt que de protéger les dernières zones humides de France. Ramdam sur le macadam.

De nombreuses personnalités du milieu militant écologiste ont fait le déplacement pour venir soutenir les écureuils et les agriculteur-ices prochainement amputé-es de leurs surfaces vitales. Des élu-es, militant-es et artistes se sont joints au combat de Thomas Brail.

Avant de démarrer la mobilisation, 10.000 «abeilles» venues d’autant de ruches ont préparé leur trajectoire de course avant de prendre le chemin des cortèges. Une organisation prenant soin du confort de chacun-e a permis d’instaurer un cadre de bienveillance mutuelle nécessaire pour affronter la machine étatique cruelle et froide.

Car un hélicoptère équipé d’un puissant appareil s’amusait à reconnaître les militant-es, beaucoup étaient masqué-es. À qui peut-on reprocher de ne plus se sentir en danger lorsqu’il participe à une manifestation pacifiste et autorisée face à une répression et un fichage toujours plus abusif ?

Et c’est au son de chants écolos, antifascistes et appelant à la fin de leur monde, que les cortèges ont quitté le camp de base. Six cortèges avec six missions différentes, mais un seul et unique objectif : enclencher la marche arrière sur l’autoroute menant sans escale en enfer.

Chaque cortège avait sa couleur. Le vert proposait une balade environnementale silencieuse à la découverte de la faune et de la flore locale. Le bleu a créé un faux péage pour dénoncer l’absurdité du projet. Le violet a investi une nouvelle ZAD. Le rouge s’est en partie introduit dans une cimenterie et chez un promoteur immobilier pour désarmer les entreprises néfastes. Le jaune était à vélo et le doré a permis de faire diversion pendant le désarmement.

Démonstration de force

Si les objectifs n’ont pas tous été atteints, on ne peut pas dire que l’opération fut un échec. La stratégie de partage des forces militantes a payé et a permis de mener en bateau le dispositif policier avec une efficacité redoutable. L’organisation des différents groupes, pensée pour dérouter les brillants représentants du maintien de l’ordre, a permis aux manifestant-es d’atteindre quelques cibles responsables de ce projet dévastateur.

Notamment les rouges qui ont fait preuve d’une grande mobilité leur permettant de prendre de vitesse les quelques barrages positionnés au travers des routes. La cimenterie, occupée en un clin d’œil, a vu ses portails forcés, ses parpaings délogés en quelques minutes grâce à la cohésion exemplaire des manifestant-es, à coups de chaînes humaines improvisées. Des actions ont également été menées pour freiner au maximum l’avancement de l’autoroute, notamment le sabotage de plusieurs bétonnières.

Nos amis Beaune, Delga et compagnie auront également la chance de lire les doux messages qui leur sont destinés par centaines, exprimant la haine justifiée des militant-es écologistes envers leurs intentions destructrices.

Occupation solidaire

Le cortège violet s’est élancé vers le lieu-dit La Crémade, une ancienne ferme idéale pour accueillir la ZAD et commencer les travaux d’occupation. Il transportait avec lui une charpente construite en amont, destinée à être installée sur le site.

La suite des opérations a consisté à nettoyer le lisier épandu par les pro-A69 sur le terrain appartenant au promoteur du projet en amont du week-end de mobilisation. Après avoir entamé les travaux et aménagements nécessaires pour investir et occuper les lieux, une collecte de nourriture destinée aux futur-es occupant-es est organisée. L’action, qui s’est déroulée dans la joie et la bonne humeur, était une réussite à la fin de journée.

Le lendemain, sous la pression des forces de l’ordre, après que de premières alertes aient été lancées à l’aube par des occupant-es du fait d’une présence policière aux abords de la ZAD, des barricades sont montées pour bloquer l’accès au site.

Répression militarisée

Peu avant 13h, des véhicules blindés et plusieurs centaines de gendarmes et de CRS pénètrent sur la ZAD pour y lancer une opération d’évacuation.

L’intervention interrompt les travaux d’occupation de la ZAD et une conférence animée par l’Atécopol où quelques centaines de personnes sont assises en rond.

Après quelques minutes, les tirs de grenades lacrymogènes et l’avancée des gardes mobiles repoussent avec force les occupant-es vers le camp de base. Des affrontements éclatent et l’énorme dispositif policier répond par une violente répression contre les défenseur-ses de la ZAD. Les grenades lacrymogènes pleuvent sur la foule par dizaines et engendrent des départs de feux, éteints par les militant-es. Des enfants sont gazés au cours de l’intervention sans aucun discernement. De nombreuses grenades explosives sont utilisées.

Le face-à-face, surveillé par deux hélicoptères, dure jusqu’en fin d’après-midi et voit des charges successives des forces de l’ordre ponctuées de nombreux coups de matraques. Des murs anti-émeutes sont déployés pour garder la forteresse et l’accès à la ZAD.

À la fin de journée, les organisateur-ices recensent 30 blessé-es par brûlures de palets lacrymogènes, grenades de désencerclement et coups de matraques. Plusieurs personnes ont été touchées par des tirs de LBD et neuf personnes interpellées.

Pour le dernier jour de ce week-end de mobilisation, les forces de l’ordre font à nouveau acte d’une démonstration de violence et le pouvoir d’autoritarisme, alors que la manifestation de la veille avait réuni 10.000 personnes et que l’opposition face à ce projet climaticide ne cesse de grimper. Pour autant, la détermination à arrêter le projet n’en ressort que plus grande face à ce nouveau déni de démocratie et cette répression brutale des élus locaux et de l’État.


No Macadam !


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