En 2024 : Légion d’Honneur pour Bernard Arnault et le boss de la police nantaise

Chaque année, au 1er janvier, les autorités publient une liste de personnes «méritantes» qui sont nommées «chevaliers de la légion d’honneur», ou qui voient leur «grade» s’élever. Un héritage qui remonte à Napoléon, destiné à honorer les individus ayant rendu des «services éminents» envers la nation française. La République décore les puissants, célèbre sa caste. On trouve généralement, au sein des décorés, de grands humanistes, des gens respectueux du bien commun et soucieux de justice et d’égalité.

Parmi les 352 personnes œuvrant «au service de l’intérêt général» décorées cette année, on compte par exemple le multimilliardaire et ami de Macron Bernard Arnault. Déjà médaillé, il va rejoindre le cercle des «grand’croix», la plus haute dignité de la Légion d’honneur. En France, non seulement l’évasion fiscale n’est pas combattue, mais elle est récompensée !

On trouve aussi dans la promotion Thierry Ardisson, présentateur télé cynique des années 1990 qui se revendique royaliste. Il n’a pas démérité.

Localement, la Légion revient à une figure qui marque la vie nantaise à sa manière : Nicolas Jolibois, de Directeur Départemental de la Sécurité Publique de Loire-Atlantique. Le big boss de la police. Il est nommé au grade de chevalier.

Et chevaleresque, il l’est ! Avant d’arriver à Nantes, Jolibois avait déjà un beau pedigree répressif : en tant que commissaire principal de Creil, en région parisienne dans les années 1990, il affronte le plus grand conflit social du département lors de la fermeture l’usine de production automobile Chausson. La presse locale écrit que «jusqu’en 1997, il a dû composer avec la colère d’un millier d’ouvriers qui manifestaient de plus en plus violemment».

Muté de Rennes à Nancy, il a aussi fait un passage remarqué dans le Pas-de-Calais, où il démantèle la «jungle», c’est-à-dire un campement où survivent des exilés dans des conditions terribles. Une carrière dans la police consiste à mater les plus faibles.

Comment ce charmant policier est-il arrivé à Nantes ? À la suite d’un micro-coup d’État de la police contre sa hiérarchie. En 2021, c’est son prédécesseur, Benoît Desferet, qui était «Directeur Départemental de la Sécurité Publique». Alors que la contestation contre la Loi de Sécurité Globale battait son plein avec de sérieux affrontements à Nantes, les unités les plus dures accusèrent leur chef de ne pas réprimer assez fort.

Des manifestations sauvages de policiers armés, en voitures de fonction, éclatent alors pendant une semaine dans toute la ville, les policiers se plaignent que le directeur «retarde de plus en plus l’engagement des moyens de riposte» et limite l’usage de grenades. Benoît Desferet est alors convoqué dans la cours de son propre commissariat par les forces de l’ordre, avant d’être muté.

Pour satisfaire la base policière, le Ministère envoie un homme à poigne : Nicolas Jolibois. Lors de son arrivée, il déclare : «je crois que le terrain nantais est un terrain difficile. C’est un territoire moins tranquille» et évoque «des manifestations violentes qui prennent pour cible les forces de l’ordre» ou encore «Nantes est une grande métropole, un territoire beaucoup plus agité que celui que j’ai connu précédemment». Quant à la noyade de Steve : «C’est un accident malheureux». On a compris, il est nommé pour discipliner les nantais-es.

Le boss de la police aime le terrain, il est même parfois aperçu en civil directement dans la rue pour superviser la répression des mobilisations. En 2023, il a donné la pleine mesure de sa brutalité : la police nantaise a frappé tout ce qui bouge. Retraité-es, syndicalistes, paysan-nes de la Confédération Paysanne, étudiant-es dont certaines ont subi des agressions sexuelles lors d’une nasse policière. Un nombre incalculable de munitions en tout genre ont été tirées pendant des mois et le droit de manifester a été réduit à peau de chagrin. Même les bars ont subi des assauts policiers.

Durant cette contestation pour défendre les retraites, les blessé-es se sont comptés par centaines, dont plusieurs personnes mutilées à vie, et Nantes est la ville ayant connu le plus grand nombre d’arrestations après Paris.

Depuis juillet, le directeur départemental de la Sécurité publique refuse de partir en retraite car il aime son métier. Il a même vu «ses prérogatives élargies, devenant directeur interdépartemental de la Police nationale» et a désormais sous ses ordres «plus de 1500 personnels, tous corps confondus».


Comme Bernard Arnault et avant lui le préfet Lallement ou le PDG de Total, Nicolas Jolibois a bien mérité une récompense de la République française.


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