Trois mois d’extrême droite capitaliste en Argentine : carnage social


L’extrême droite a triomphé en Argentine le 19 novembre dernier. Un illuminé ultra-capitaliste, néofasciste et violemment misogyne, a remporté l’élection présidentielle avec 56% des voix : Javier Milei, qui s’est installé à la présidence du pays en décembre.


Javier Milei brandissant une tronçonneuse pendant sa campagne pour la présidentielle argentine

L’Argentine est un grand pays d’Amérique latine dévasté par le néolibéralisme. Il a été la cible de plans drastiques du FMI en 2001, imposant à l’État argentin des politiques d’austérité qui ont plongé des millions de personnes dans la misère. Depuis plus de 10 ans, à nouveau, l’Argentine est touchée par une inflation à 2 chiffres, une dette insurmontable auprès du FMI, une pauvreté hors de contrôle et une monnaie nationale en chute libre.

L’Argentine était autrefois dominée par deux grands courants politiques : le «péronisme», hérité du président Péron, dirigeant autoritaire et charismatique de l’après-guerre, et la droite conservatrice. Mais cet équilibre déjà pas terrible a basculé vers quelque chose de pire encore.

Javier Milei est un fils de patron qui a travaillé comme économiste et conseiller de grandes banques. Il a aussi été l’assistant d’un député mis en cause pour des crimes contre l’humanité, commis à l’époque de la dictature militaire argentine. Il a fait campagne en multipliant les insultes et les menaces, en posant avec une tronçonneuse et en tenant des propos incohérents, et a même été surnommé “El Loco”.

En un peu plus de trois mois, le président Javier Milei a imposé une dérégulation brutale et verrouillé la contestation sociale. Sa politique a au moins un avantage : montrer au monde le danger de l’idéologie ultra-libérale.

Trois jours après sa prise de fonction, Milei lançait un plan d’austérité de choc : dévaluation de 50% de la monnaie argentine, destruction de ministères, coupes budgétaires, suspension des travaux publics et réduction des subventions aux transports et à l’énergie… Contrairement à ce que promettait Milei, l’inflation ne s’est pas arrêtée avec son plan d’austérité, et elle atteint désormais 276% sur un an.

Depuis décembre, le taux de pauvreté, qui était déjà très élevé avant sa victoire, est passée de 44% à 57%. Les salaires ont baissé de 21% en moyenne. Le crime organisé explose. S’il n’y a pas encore de famine, c’est grâce à l’organisation de 40.000 soupes populaires et aux solidarités.

Pour couronner le tout, Milei a augmenté son salaire de 48%. Une provocation qui a engendré d’importantes réactions populaires. À tel point que le président argentin a reconnu «une erreur qui n’aurait jamais dû arriver» : il a annulé son augmentation, et a viré en direct lors d’un discours télévisé son ministre du Travail, accusé d’être responsable de l’augmentation.

Deux jours avant la journée des droits des femmes, Milei a organisé une rencontre avec des collégiens et lycéens et leur a déclaré que l’avortement «est un meurtre», et les partisans de sa légalisation des «assassins». Le droit à l’IVG n’a été obtenu que de haute lutte en 2021 en Argentine, il est donc clairement menacé.

Milei a d’ailleurs purement et simplement supprimé le ministère des Femmes, des Genres et de la Diversité, et a annoncé la fermeture de l’Institut national contre les discriminations (Inadi), estimant que ces institutions sont «inutiles».

Enfin, le gouvernement vient de fermer du jour au lendemain l’agence de presse publique Télam, fondée en 1945, qui emploie plus de 700 personnes. Les journalistes ont découvert les locaux fermés et gardés par des policiers, après que Milei ait qualifié l’agence «d’organe de propagande». C’est comme si l’AFP était annihilée d’un coup sur décision présidentielle. «Le gouvernement est en train de mener une des pires attaques envers la liberté d’expression des dernières quarante années de démocratie», a dénoncé le syndicat de journalistes argentin SiPreBA.

Milei donne un aperçu des formes de néofascisme hybrides qui sont déjà au pouvoir dans certains pays du monde. Des régimes pas si différents de celui de Macron, simplement plus radicaux. D’ailleurs, Milei a envoyé en décembre un maillot de football à Emmanuel Macron avec écrit «Vive la liberté putain !» en espagnol, son slogan fétiche. Plutôt que d’ignorer ce «cadeau» grossier d’un fasciste néolibéral, Macron a choisi de poser fièrement avec et d’en publier la photo, qui a été relayée fièrement par le président argentin sur les réseaux, une forme de validation entre ultra-libéraux.

Mais en Argentine comme en France, la colère gronde. Plus grand monde ne paie les transports en commun à Buenos Aires, où la fraude est massive et assumée. Des dizaines de milliers de femmes ont manifesté le 8 mars, avec des mots d’ordres contre le président. Et de grandes grèves ont eu lieu en février, et pourraient s’amplifier dans les semaines à venir.


Source : https://www.humanite.fr/monde/argentine/argentine-le-massacre-a-la-tronconneuse-de-javier-milei

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