Après Gaza, Beyrouth ?


Le Liban ne parvient pas à sortir de la plus grave crise de son histoire


Un bombardement israélien sur le territoire du Liban

En l’espace de 4 ans, la livre libanaise n’a cessé d’être dévaluée pour que le pouvoir se maintienne à flot. La monnaie du Liban a ainsi perdu 99% de sa valeur, plongeant plus de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté. Comme c’est souvent le cas lors de crises d’une telle envergure, les inégalités de classes se creusent davantage. Le pays fait face à une fuite de cerveaux sans précédent, les plus diplomé-es (et plus favorisé-es) partent du pays. Ne restent que les populations les plus démunies face à ceux qui profitent de la situation.

Le Liban se trouve donc également dans une impasse politique. Des révoltes intenses faisaient vaciller le pouvoir fin 2019, et n’étaient calmées que par l’arrivée de la pandémie de Covid. Mais le feu couve toujours contre la corruption et la montée des inégalités, un incendie régulé par la violence du pouvoir avec des armes françaises.

Depuis le départ de Michel Aoun il y a un an et demi, le pays est sans président. L’homme, figure controversée et en grande partie responsable des problèmes rencontrés par le peuple libanais, n’a pas trouvé de remplaçant. Le pouvoir libanais cours désormais tel un poulet sans tête, se démenant pour assurer sa survie face aux contestations qui font rage.

Les relations entre Israël et le Liban sont marquées par des périodes de conflit, notamment la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah, un parti chiite dont l’objectif défini est la résistance contre Israël. Depuis lors, la frontière entre les deux pays demeure tendue, avec des incidents fréquents. Les activités militaires et les rivalités régionales ont instauré un climat de méfiance mutuelle, accroissant le risque d’une escalade imprévisible.

En 2006, lors de la guerre des 33 jours, l’armée israélienne bombardait les réservoirs de pétrole de la centrale électrique dans le sud de Beyrouth à Jyié. Cette attaque a entraîné le déversement de 15.000 tonnes de pétrole dans la mer. Depuis ce jour et une résolution de l’ONU (170 votes contre 6), Israël est tenu de verser 856,4 millions de dollars au Liban en guise de dédommagement. Mais chaque année, l’ONU se voit dans l’obligation de rappeler cette dette à Israël. Le remboursement par l’État hébreu semble bien peu probable.

Depuis le 7 octobre et l’attaque du Hamas, qui perce la frontière de Gaza, puis les représailles immédiates de l’armée israélienne, la milice dirigée par Hassan Nasrallah bombarde quotidiennement les positions militaires israéliennes le long de la frontière libano-palestinienne. Dans l’autre sens, Israël multiplie les bombardements sur le Liban, notamment sur des quartiers d’habitations au mépris de la vie des civils qui s’y trouvent, risquant l’embrasement de la région.

Actuellement, Tsahal se prépare à des incursions terrestres au Liban, ce qui serait une première depuis 2006. Le Hezbollah affirme avoir déjà déjoué deux tentatives en début de semaine. Le 5 mars dernier, le président de l’assemblée du parti chiite déclarait : “Nous ne souhaitons pas la guerre, mais nous sommes prêts à y faire face.” Le risque d’escalade semble particulièrement fort.

Selon des hauts fonctionnaires américains, une incursion terrestre au Liban pourrait être lancée à la fin du printemps ou au début de l’été si les efforts diplomatiques ne parviennent pas à repousser le Hezbollah de la frontière nord avec Israël. L’État israélien semble déterminé à profiter du contexte de la guerre à Gaza et du soutien inconditionnel des États-Unis pour se débarrasser du Hezbollah au nord de sa frontière.

Depuis le début du conflit, selon l’AFP, 302 personnes dont 51 civils sont morts sur les terres libanaises sous les bombes Israéliennes.

Et la France dans tout cela ? Notre pays entretient des relations étroites avec le Liban. Emmanuel Macron y a même dépêché l’ancien ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian afin de faciliter le dialogue entre les différentes parties, dans le but de trouver un président au plus vite et ainsi d’apporter plus de stabilité dans la région.

On se souvient également de l’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020, lors de laquelle Macron a été le premier chef d’État à se rendre sur place, manifestant ainsi sa solidarité envers le peuple libanais. Il est à noter qu’il était accompagné ce jour-là d’un représentant de Saint-Gobain, une entreprise du CAC40 spécialisée dans les matériaux de construction. La prédation capitaliste n’est jamais très loin, la France exporte son savoir-faire du béton écocidaire au même titre que ses armes du maintien de l’ordre.

Quant à la question de la réaction de Macron en cas d’invasion israélienne au Liban, comme cela s’est produit en 2006, cela reste difficile à prévoir

Que fera Macron si Israël dépasse une nouvelle fois les frontières ?

Financez Contre Attaque
Tous nos articles sont en accès libre. Pour que Contre Attaque perdure et continue d'exister, votre soutien est vital. 
Faire un don

3 réflexions au sujet de « Après Gaza, Beyrouth ? »

  1. C’est pas vrai, tout les cerveaux ne fuient pas le Liban, Carlos Ghosn, lui il est encore là !! (du moins si on le qualifie de cerveau)….Enfin peut être, on ne sais pas s’il s’est fait la valise, avec ou dedans, va savoir !
    Enfin on n’entend pas Macron sur cette situation, il a mieux à faire, des écrans de fumée pour cacher sa politique de M… et tout ce qui va avec, donc le Liban, hein ! Chi se ne frega ?
    ça vaut pas une bonne provocation vers la Sainte Russie (super, on va bientôt faire la bombe !!)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *