
Sans surprise, le président sortant de Tunisie Kaïs Saïed a été réélu dimanche 6 octobre dès le premier tour, avec un score digne des plus prestigieux dictateurs : plus de 90% des voix. C’est un triste retour en arrière, rappelant quand le dictateur Ben Ali, qui a tenu avec une main de fer la Tunisie de 1987 à 2011, était «élu» avec des scores comparables alors que toute opposition était muselée. Ben Ali avait été chassé par la révolution tunisienne il y a 13 ans. Retour à la case départ.
À noter, le taux de participation est, lui, historiquement faible : 27,7%. En comparaison, 49% des électeurs et électrices s’étaient déplacé-es lors des présidentielles de 2019. La jeunesse a massivement boycotté ces élections en signe de protestation : seuls 6% des électeurs de dimanche avaient moins de 35 ans. Une manière de dénoncer l’autoritarisme de Kaïs Saïed, de ne pas participer à la mascarade.
Après s’être octroyé les pleins pouvoirs en 2021, modifié la Constitution et fermé le Parlement, muselé la presse par décret, détruit un à un tous les contre-pouvoirs, enfermé ses opposants, mené une répression raciste sanglante contre les migrants, Kaïs Saïed signe avec ce simulacre d’élection la victoire de la contre-révolution. 13 ans après la Révolution de 2011, la parenthèse démocratique semble refermée, pour un temps au moins.
Le discours de Kaïs Saïed a été fidèle à son image complotiste et perverse : “Ce qui s’est passé aujourd’hui, c’est l’achèvement de la révolution. Nous allons débarrasser le pays des personnes corrompues, des sceptiques et des complots”.
Pour rappel, seuls 2 candidats étaient en lice face au président sortant, sur les 17 initialement prévus : Ayachi Zammel, illustre inconnu, emprisonné depuis sa condamnation en septembre à 14 ans de prison pour parrainages frauduleux, et Zouhair Maghzaoui, soutien critique du président.
En effet, malgré la réintégration de 3 candidats par le Tribunal administratif après leur exclusion par l’ISIE, l’instance électorale tunisienne, cette dernière avait décidé d’ignorer cette décision. La loi électorale avait purement et simplement été amendée afin d’enlever au tribunal administratif son pouvoir décisionnel sur les contentieux électoraux. Ce sera désormais la Cour d’appel, juridiction réputée répondre aux ordres de l’exécutif, qui sera en charge des contentieux électoraux. Un nouveau verrou cède.
Cet amendement, qui avait soulevé de vives critiques auprès des opposants à Kaïs Saïed, a été mis en place le 27 septembre afin d’assurer au dictateur une réélection dès le 1er tour et d’éviter toute contestation des résultats. C’est chose faite aujourd’hui.
La situation tunisienne démontre une fois de plus que rien n’est jamais acquis, ni les libertés, ni les conquêtes sociales, ni le progrès des droits. Une révolution peut être récupérée et neutralisée, des droits peuvent être supprimés après avoir été concédés, un tyran peut en remplacer un autre. Il ne faut jamais se reposer, aucun pays n’est à l’abri d’un glissement autoritaire.
Seul un peuple en mouvement, puissamment organisé, toujours offensif et bien informé par des médias et de canaux de communication indépendants peuvent empêcher ce genre de retour en arrière. Un constat valable partout, surtout en France.
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