Ils ont osé le dire


Fini la «dédiabolisation» et les paroles convenues. Maintenant que le PS s’est aligné sur la droite radicale, que les macronistes reprennent les mots du pétainisme, que Les Républicains doublent le RN sur sa droite, que le racisme est décomplexé dans les médias, l’extrême droite classique n’a plus besoin de faire semblant. Autant y aller franco. Deux exemples :


Pierre-Édouard Stérien et Sébastien Chenu, deux fascistes qui y vont franco dans leurs déclarations.

Le RN intègre le nazisme dans sa «tribu»

Ce discours est passé relativement inaperçu, pourtant il révèle la nature profonde et inchangée du RN. Vendredi 6 mars, un meeting municipal du parti a lieu à Lille, pour soutenir le candidat local, Matthieu Valet. Ce dernier est un ancien policier qui a volé des bons d’achat de la SNCF quand il était en fonction, il est mis en cause pour des propos raciste et a été popularisé en étant invité constamment sur les plateaux de télévision. Il a été élu eurodéputé du Rassemblement National en 2024.

Pour le soutenir donc, le RN a envoyé Sébastien Chenu, l’un des représentants nationaux du parti, vice‐président de l’Assemblée Nationale, et par ailleurs ami avec Yaël Braun-Pivet. La macroniste qui préside l’Assemblée le qualifie de «très bon vice-président».

Ce soir là, pas question d’amabilités de palais, Sébastien Chenu prononce un discours sans complexe. Voici ses propos : «[Comment] commencer une réunion publique comme celle de ce soir sans penser aussi à ceux qui payent le plus cher – c’est-à-dire avec leur vie – le prix de l’engagement politique : c’est d’avoir une pensée pour Quentin». D’entrée de jeu, le responsable RN rend hommage à un néo-nazi décédé dans le cadre d’une embuscade armée qu’il avait organisée.

Mais ce sont ces mots qu’il faut noter : «Il était des nôtres, parce qu’il était de notre tribu, celle des patriotes». Une «tribu», un clan. Chenu souligne ici la continuité entre son parti et les franges les plus radicales de l’extrême droite : celles qui affichent leur nostalgie d’Hitler et leur suprémacisme, s’entrainent au combat et attaquent des militants de gauche. Celles qui, à Lyon, ont commis des dizaines d’agressions gravissimes, y compris à coups de marteau et de lame.

Lors de cette même soirée, l’eurodéputé RN Fabrice Leggeri a quant à lui affirmé que «les étrangers non-européens» auraient «la culture de régler les affaires au couteau»… Et dire que le moindre mot de travers de Mélenchon lors de longs meetings provoque des polémiques artificielles pendant des semaines !

Si Chenu et ses amis se permettent d’aller aussi loin, c’est parce qu’il est bien aidé par le reste du champ politique. Tous les députés, PCF et LFI compris, ont validé une minute de silence pour Quentin Deranque et ne se sont toujours pas excusés. Laurent Wauquiez, quant à lui, a décrit le néo-nazi comme «un fils qui est mort parce qu’il défendait ses idées, victime de la haine et de la barbarie», avant de faire afficher un portrait géant du militant sur le bâtiment du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes.

Malgré le matraquage incessant des médias dominants, le RN n’est en rien devenu «respectable», et encore moins républicain, pour peu que le terme signifie encore quelque chose. Si ses principaux dirigeants ont effectivement lissé leurs discours, tout en opérant un net rapprochement avec les milieux d’affaires en se départissant de leur étiquette anti-système, le RN et les groupuscules néonazis ne sont que deux faces d’une même pièce. En témoigne la fâcheuse tendance du parti à constituer son vivier d’élus et de collaborateurs en piochant directement dans ces mêmes groupes, comme le nombre de candidats violents et racistes investis à chaque élection le démontre largement.

Stérin trouve l’extrême droite trop molle

Le milliardaire Pierre-Édouard Stérin a investi 150 millions d’euros pour aider l’extrême droite à prendre le pouvoir, et notamment à conquérir des mairies. Il a par exemple payé la «formation» d’au moins 4000 candidats aux municipales à travers une école dénommée Politicae, directement financée par son projet Périclès. En 2026, il rêvait de faire gagner «300 villes» au RN. Le parti n’en a remporté «que» 62, ce qui est déjà beaucoup trop, et surtout le RN a fait élire environ 3000 conseillers municipaux. Pire, cette campagne a vu émerger une alliance de fait entre LR, le RN et Reconquête, le rêve de Stérin pour remporter le pouvoir en 2027.

Le jour du second tour des municipales, dimanche 22 mars, Stérin donnait une interview au New York Times. Le grand journal étasunien consacrait un long portrait au richissime propriétaire de Smartbox.

Il y explique son plan pour «accélérer le virage à droite», pour une France «moins musulmane, plus catholique et plus capitaliste». Il trouve trop «étatiste» le programme économique du Rassemblement National et rêve d’interdire l’IVG, ou encore affiche sa volonté d’être canonisé, c’est à dire de devenir un Saint de l’Église catholique.

Surtout, il assène : «Je suis encore plus à droite que l’extrême droite sur l’immigration». Étant donné le niveau de xénophobie ambiante, la chasse aux sans-papiers et les appels récurrents à la «remigration», si Stérin le fervent catholique trouve l’extrême droite trop douce, il s’inscrit davantage dans les pas des plus grands criminels de l’humanité que de Jésus qui appelait à aimer et aider son prochain.

Ce grand patriote justifie également le fait de pratiquer l’évasion fiscale pour pouvoir distribuer son argent comme il l’entend, et estime : «Je reviendrai en France quand je sentirai que c’est le bon endroit pour vivre. Entretemps, je rêve plus de déménager aux États-Unis». Encore un nationaliste français qui se sent mieux au pays de Trump.

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