Islamophobie d’État : le gouvernement tente d’interdire la rencontre annuelle des musulmans de France


La justice vient d’autoriser l’événement et de donner un camouflet au gouvernement, mais un nouveau palier inquiétant est franchi à la veille d’une nouvelle «loi séparatisme»


Laurent Nuñez, le ministre de l'Intérieur et de l'Islamophobie qui a tenté d'interdire la rencontre annuelle des musulmans de France

En novembre 2024, l’État français déployait des centaines de policiers pour protéger un gala génocidaire en plein Paris, destiné à récolter des fonds pour l’armée israélienne et la colonisation en Cisjordanie. Intitulée «Israël for ever», cette soirée était organisée par l’avocate Nili Kupfer-Naouri, une suprémaciste sioniste qui affirme qu’il «n’y a pas de population civile innocente à Gaza» et qui a personnellement participé au blocage de convois humanitaires pour Gaza. Elle avait invité le ministre fasciste israélien Bezalel Smotrich à ce gala. Si le droit international était respecté, Smotrich et sa complice seraient arrêtés et incarcérés pour des faits de crimes contre l’humanité. Pourtant, le préfet de Paris de l’époque, Laurent Nuñez, autorisait ce meeting et offrait d’énormes moyens de sécurité à cette soirée de la honte.

Le même Nuñez a aussi autorisé des défilés ouvertement néo-nazis dans Paris, organisés au début du mois mai tous les ans. Ces marches de nostalgiques d’Hitler sont, elles aussi, protégées par des lignes de forces de l’ordre qui répriment tout rassemblement antifasciste. Nuñez, encore lui, a transformé des salons de l’armement organisés autour de Paris en véritables bunkers sous très haute protection policière, pour garantir aux exposants israéliens de pouvoir venir vendre leurs armes en France en tout sérénité, sans aucun risque de manifestation.

Nuñez, désormais Ministre de l’Intérieur, vient de décider d’interdire la Rencontre annuelle des Musulmans de France. Il s’agit de la 40ème édition de cet événement réunissant des milliers de musulmans et de musulmanes au salon du Bourget, situé au nord de Paris. Cette interdiction est tout simplement sans précédent.

Le préfet indique de façon laconique : «À la demande du ministre de l’Intérieur, j’ai pris un arrêté interdisant la Rencontre du 3 au 6 avril 2026. Cette décision s’inscrit dans un contexte national et international marqué par des tensions accrues et un niveau de menace terroriste élevé, des risques de troubles à l’ordre public et la forte mobilisation des effectifs de la préfecture de police sur les jours à venir».

L’avocat Sefen Guez-Guez, qui plaide pour maintenir la Rencontre, rappelle : «Il y a plus d’une quarantaine d’événements publics organisés ce week-end et le seul qui a été interdit est la Rencontre Annuelle des Musulmans… c’est une décision inique». Mais qui peut croire à la version préfectorale ? Comme si l’État français manquait de policiers pour sécuriser une simple rencontre.

En réalité, l’arrêté de la préfecture est encore plus grave : il évoque une menace «d’attentat d’ultra-droite» contre les participant·es. En d’autres terme, le gouvernement macroniste explique que, lorsque la communauté musulmane est menacée, c’est elle qui est punie. Il dit aussi aux musulmans et musulmanes : non seulement nous ne vous protégeons pas face aux menaces d’extrême droite, mais nous les encourageons en vous interdisant d’exister. En vous réprimant. Ce message est gravissime, et il donne raison aux groupes racistes : il suffit désormais de faire planer la menace d’une attaque pour faire interdire tout événement musulman.

Par un formidable cynisme, la décision est tombée au dernier moment, pour empêcher les organisateurs de trouver un plan B. Ce sont des milliers de personnes concernées, des stands et des entrées qui devront être remboursées, des exposants ayant engagé des frais… Imaginez une seule seconde qu’une grande rencontre chrétienne, juive ou bouddhiste soit interdite, au prétexte qu’elle ait été menacée. Impensable n’est-ce pas ? C’est pourtant le traitement réservé au fidèles de l’Islam en France.

Laurent Nuñez fait volte face ce vendredi sur BFM : «Nous avons interdit le rassemblement des musulmans de France car nous le rattachons clairement à la mouvance des Frères musulmans». Un changement de version : l’arrêté préfectoral initial invoquait exclusivement un «risque d’attentat». À présent, il ne s’agit donc même plus d’une mesure «sécuritaire» mais idéologique. C’est encore plus grave.

Ce vendredi 3 avril à midi, la justice, saisie en urgence, vient d’autoriser la rencontre et donc de donner un camouflet à la décision du ministère de l’Intérieur. Pour autant, cette tentative marque un signal supplémentaire dans l’islamophobie d’État. Et il a lieu alors que Nuñez annonce une nouvelle loi sur le séparatisme «et contre l’entrisme islamiste» d’ici la fin du mois d’avril. Macron compte bien finir son mandat en appliquant tous les désirs de l’extrême droite. La presse évoque un «coup de collier législatif dans la dernière ligne droite de ce quinquennat», avec un «projet de loi enfin prêt» pour être présenté en Conseil des Ministre. Imaginez, là encore, que le gouvernement ponde plusieurs lois sur le séparatisme et l’entrisme de n’importe quelle autre religion. Tout le monde s’accorderait sur leur caractère discriminatoire.

La dernière loi sur le «séparatisme» a conduit à des reculs de libertés majeurs, en particulier à une explosion des dissolutions administratives d’associations musulmanes, mais aussi militantes, écologistes ou antifascistes.

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