NANTES : QUI EST LE NOUVEAU PROCUREUR ?


Renaud Gaudeul, ancien avocat d’affaires à Chicago et procureur répressif en Martinique



Le procureur de Nantes, Pierre Sénnes, vient de quitter son poste. Durant son passage à la tête du parquet, le nombre de gardes à vue a explosé, les réquisitions contre les manifestants se sont aggravées, la répression judiciaire s’est durcie. Il y a eu des garde à vue pour une banderole, un homard ou des parapluies. Dans le même temps, plusieurs milliers de personnes touchées par les violences policières dans les manifestations ? Aucune poursuite. Plusieurs centaines de blessés sur la ZAD ? Aucune poursuite. Aboubakar et Steve morts lors d’interventions de la police nantaise? Toujours aucune condamnation. Et l’extrême droite violente, aura bénéficié d’une impunité sidérante.

Une nouveau procureur vient de prendre ses fonctions à Nantes. Il se nomme Renaud Gaudeul, il a 49 ans et un profil aux dents longues typiquement macroniste. Rapide portrait.
Renaud Gaudeul ne connaît pas Nantes. Il a grandi à l’étranger, avant de faire carrière en tant qu’avocat d’affaire à Chicago, métropole capitaliste par excellence, dans un pays où le business judiciaire de toutes les interactions permet aux riches d’avoir tous les droits. Renaud Gaudeul obtient le concours de la magistrature en 1998, puis des postes au sein des parquets du Havre, puis de Guadeloupe ou de villes moyennes en France métropolitaine. En 2017, il est nommé procureur en Martinique. Il accompagnera, sur le plan judiciaire, la violence coloniale de l’Etat français.
Nous sommes en juillet 2020, une manifestation contre le chlordécone – un pesticide massivement utilisé pour produire de la banane qui a empoisonné la population de la Martinique –, a lieu à Fort-de-France. Keziah Nuissier, 22 ans, est interpellé de façon très violente : « genou sur les parties génitales, coups à la tête, et même œil enfoncé par un pouce de gendarme » racontent les avocats de la victime. Les faits sont filmés. Keziah s’était interposé après que sa mère ait été brutalisée par les gendarmes, et avait été violenté au point d’être évacué inanimé, laissant une flaque de sang derrière lui. L’affaire avait fait grand bruit.

Le procureur Renaud Gaudeul s’était précipité devant la presse pour charger le jeune militant déclarant qu’il a porté «des coups extrêmement violents» à un militaire de la gendarmerie «au sol». Au même moment, des vidéos circulaient sur les réseaux sociaux, montrant des gendarmes lavant rapidement le sang du jeune homme, coulant sur la chaussée à cause d’une blessure à la tête. Quelques semaines plus tard, la version de forces de l’ordre pour justifier l’interpellation change … Mais les déclarations du procureur ne sont pas oubliées. Pire : le jeune homme, alors qu’il était blessé à la tête, avait été entendu plusieurs fois par la substitut de procureur en charge de l’instruction et maintenu de garde à vue, au point de tacher de sang le bureau du magistrat. Les avocats de Keziah ont saisi l’Inspection Générale de la Justice afin de dénoncer les «manquements aux règles élémentaires de procédure» de la part de ce procureur.

Renaud Gaudeul est donc désormais à Nantes. Il s’est fait remarquer d’entrée de jeu, lors d’un discours d’intronisation, en s’adressant au préfet : «quand on renforce de 25 % les effectifs de la police judiciaire, on augmente mécaniquement de 25 % les affaires présentées à la justice. Celle-ci ne se défilera pas. […] Quel est le sens de ce renforcement si les services chargés de la prise en charge des condamnés ne parviennent pas à faire face à leur mission ? Blâmer une absence d’incarcération suffisante ? […] Si cette cohérence n’est pas travaillée, alors oui, en effet, on pourra dire que le problème de la police, c’est la justice.» En d’autre termes, il réclame plus de magistrats pour condamner plus, afin de s’adapter à la répression croissante des effectifs policiers à Nantes. Le nouveau procureur demande également l’usage d’un «dispositif qui consiste à proposer immédiatement une sanction à l’auteur d’une infraction déféré au parquet». Sans jugement donc. Une logique judiciaire très américaine.

Depuis la prise de fonction du procureur Gaudeul, un musicien anti-pass sanitaire a été arrêté, sur ordre du parquet, devant le tribunal, et placé en cellule pendant deux jours pour «outrage au drapeau». Le même procureur a fait appel dans l’affaire du «homard et des parapluie», délire monté de toutes pièces sans aucun élément. Et le commando néo-nazi filmé en train de frapper des manifestants à coups de matraques n’a lui, jamais été inquiété. Acharnement judiciaire contre les opposants, protection de gendarmes violents, expériences coloniales outre-Mer et procédures à l’américaine : la justice s’annonce radieuse en Loire-Atlantique.