💥 Chine, Iran : les révoltes paient

🇮🇷 Iran : abolition de la police des mœurs

Dans ce rĂ©gime dictatorial et religieux, une insurrection dure depuis le 16 septembre. Ă€ cette date, la police des mĹ“urs avait arrĂŞtĂ© une jeune femme kurde de 22 ans, Jina Mahsa Amini, mettant en cause le port de son voile. Elle Ă©tait dĂ©cĂ©dĂ©e peu après. Les rues des grandes villes se sont embrasĂ©es, la chape de plomb du rĂ©gime a sautĂ©, et des milliers d’iraniens et d’iraniennes se sont organisĂ©s de façon dĂ©centralisĂ©e en multipliant les actions et rĂ©pandant le mot d’ordre : «femme, vie, liberté». Les forces de l’ordre ont mĂŞme Ă©tĂ© tenues en Ă©chec les premiers jours. Depuis, la police a tuĂ© des centaines de manifestant-es, arrĂŞtĂ© des milliers d’autres. Mais après trois mois de contestation, le procureur gĂ©nĂ©ral d’Iran annonce l’abolition de la police des mĹ“urs par les autoritĂ©s. Des changements concernant le port du voile ont mĂŞme Ă©tĂ© Ă©voquĂ©s samedi, le procureur expliquant que le parlement «travaille» sur la question. Le voile est devenu obligatoire en Iran quatre ans après la rĂ©volution islamique de 1979, et la police des mĹ“urs a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e pour «rĂ©pandre la culture de la dĂ©cence et du port du voile».

Les femmes sont le fer de lance du mouvement en Iran et ont parfois brulĂ© publiquement leur voile, la jeunesse s’est mobilisĂ©e dans les universitĂ©s. Ces premières concessions feront-elles taire la colère ? Ce jeudi matin, la maison et la voiture d’un juge pĂ©nal, de ceux qui condamnent Ă  mort les manifestant-es, ont Ă©tĂ© incendiĂ©es Ă  Mashhad. En Iran, cet automne de feu laissera des traces.

🇨🇳 Chine : assouplissement des confinements

Du jamais vu depuis la rĂ©volte de la place Tian’anmen en 1989 : des dizaines de milliers de chinois-es en colère dans les rues des grandes mĂ©tropoles. En Chine, les autoritĂ©s imposent depuis trois ans une «stratĂ©gie zĂ©ro Covid», des mesures sanitaires extrĂŞmement liberticides qui permettent de maintenir la population en Ă©tat de soumission totale. Confinements Ă  rĂ©pĂ©tition, camps de concentration pour personnes positives, check points, rĂ©clusion dans des immeubles, tests et pass sanitaire omniprĂ©sents. Et pourtant le virus circule tout de mĂŞme.

La colère a dĂ©marrĂ© d’une usine gĂ©ante fabriquant des Iphone la semaine dernière : la police a Ă©tĂ© attaquĂ©e Ă  coup de barrières, les ouvriers ne supportaient plus le confinement total, exceptĂ© pour aller trimer. Une vie d’esclaves. Cette rage s’est rĂ©pandue Ă  la ville d’Urumqi, oĂą les secours n’avaient pas pu sauver des victimes d’un incendie Ă  cause des restrictions sanitaires. Et la plupart des grandes villes ont suivi : barricades, affrontements, dĂ©filĂ©s, destructions de cabines de tests… Un Ă©vènement inattendu dans ce pays ultra-rĂ©pressif.

La mobilisation vient d’obliger le prĂ©sident Xi Jinping Ă  assouplir les mesures dans plusieurs rĂ©gions. «Les gens Ă©taient frustrĂ©s» concède-t-il. Plusieurs villes ont commencĂ© Ă  lever certaines restrictions, comme l’obligation de tests quotidiens de masse qui pourrit quotidienne la vie de centaines de millions de chinois-es depuis 2020. Dès lundi, les PĂ©kinois-es pourront Ă  nouveau emprunter le bus et le mĂ©tro sans avoir Ă  prĂ©senter un rĂ©sultat de test PCR nĂ©gatif datant de moins de 48 heures, a annoncĂ© la mairie. Dans de nombreuses villes, on prĂ©voit la rĂ©ouverture des restaurants, des centres commerciaux et mĂŞme des Ă©coles. Ă€ Urumqi, les supermarchĂ©s, hĂ´tels, restaurants et stations de ski seront progressivement rouverts. En Chine, rappelons tout de mĂŞme que si les règles s’assouplissent, la dictature verrouille les libertĂ©s et les mesures sanitaires resteront contraignantes.

En Iran, en Chine ou ailleurs, seule la révolte permet de faire bouger les lignes. Seul le rapport de force bouscule les tyrans.

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