Nantes : la justice prend la défense de militants zemmouriens


Quand la parole d’un fasciste et des stickers antifas suffisent à condamner à de la prison ferme


Mardi 30 mai au tribunal correctionnel de Nantes. Deux personnes comparaissent pour des faits de «violences» contre des fascistes qui collaient des affiches de Zemmour dans le centre ville, durant la campagne électorale. Les peines sont extrêmement lourdes : 6 mois de sursis et 7 mois d’emprisonnement ferme sur une matérialité des faits largement contestée par les avocats de la défense. Les prévenus sont les victimes d’une juge fraîchement arrivée de Paris, qui a l’air de vouloir s’illustrer par sa répression politique acharnée.

En garde à vue comme au tribunal, les deux jeunes hommes arrêtés après une enquête de police basée sur la plainte des fascistes ont exercé leur droit au silence. «C’est au ministère public de devoir faire preuve de la qualité des faits» expliquent les avocats : comprendre que tout ce que risquent des militants à s’exprimer face à des juges dans ces conditions, c’est de servir à leur propre incrimination en tenant des propos qui pourraient être interprétés en défaveur par les magistrats.

Qu’est-ce qui leur était reproché ? Des violences «sans ITT», à savoir des «coups de pieds». Autant dire : quasiment rien. Toute l’enquête se base sur les témoignages des «victimes». Le procureur requiert une condamnation à du sursis pour des faits de violences.

L’enquête est surprenante. Plutôt que de recueillir des témoignages objectifs de personnes extérieures pourtant présentes sur les lieux, la police a préféré mener des perquisitions chez les accusés, listant en long, en large et en travers leur bibliothèque militante et les stickers collés chez eux. «Vous feriez parti d’une mouvance Nantes Révoltée» déclare la juge. Son choix est fait : ce sera un procès politique et rien d’autre.

Pourtant rien ne prouve que l’altercation n’ait pas été initiée par les militants fasciste eux-mêmes, surtout que l’une des militante pro-Zemmour était armée d’une gazeuse lacrymogène dont elle s’est servie pendant l’échauffourée. Aucune trace de blessure chez le militant fasciste, fils de bonne famille nantaise, qui se rend au commissariat le lendemain des faits, «même pas une petite rougeur» souligne un avocat de la défense. La seule témoin extérieure à l’affrontement entendue par les policiers n’est autre que la mère d’une des «victimes» qui n’a pas pu voir grand-chose vu qu’au moment des faits elle se trouvait dans la cage d’escalier de son immeuble.

Peu importe les preuves, ce sont des militants antifascistes. Ils sont donc coupables d’office pour la juge qui va les condamner largement, allant au-delà des réquisitions du procureur. Un événement rare tant les représentants du ministère public requièrent des peines à hauteur de la répression étatique qu’ils incarnent, s’acharnant en particulier sur les classes populaires et les militant-es. Un tel acharnement judiciaire nous amène à poser un constat sans équivoque : la justice française est une fois de plus au service d’une répression globale de nos camarades. Une juge récemment arrivée à Nantes peut prendre ce genre de décision en dehors de toute raison juridique, mis à part un désir de répression gratuit à l’encontre de militants antifascistes. Plus globalement, cette décision symbolise une fois de plus l’écart entre ce traitement répressif et l’impunité dont bénéficie l’ensemble des fascistes face aux tribunaux français. À présent, la seule parole d’un fasciste et quelques autocollants chez soi peuvent envoyer quelqu’un plusieurs mois en prison.

«Le tribunal est un lieu où on restaure l’ordre social» a déclaré le procureur dans ses réquisitions. Pour rappel, en juillet 2021, une quarantaine de néo-nazis armés ont attaqué un cortège sur le Pass Sanitaire au cœur de Nantes. Plusieurs personnes avaient été blessées, sous les yeux d’une équipe de la BAC qui n’était intervenue qu’une fois que les néo-nazis avaient été mis en déroute. La scène avait été filmée sous tous les angles par des Gilets Jaunes. Le chef de la bande, pris en photo en train de matraquer une personne au sol, avait même revendiqué publiquement l’attaque dans les colonnes de la presse. Il n’y avait jamais eu la moindre suite judiciaire. Et évidemment pas de perquisition, de garde à vue, de peine pour l’exemple. La justice protège les néo-nazis.

À la veille de l’anniversaire de la mort de Clément Méric, jeune militant antifa assassiné par des fascistes en 2013, ce jugement nous rappelle encore une fois où se situe la Justice : du côté des puissants et de l’extrême droite.


Reportage dessiné : Ana Pich

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