21 juin : une culture mise à quai


“La Fête sera gratuite, ouverte à toutes les musiques sans hiérarchie de genre et de pratiques et à tous les français”
Jack Lang, créateur de la Fête de la musique, Ministre de la culture en 1982, social-traître mitterrandiste et pédophile notoire


Le ministre de la Culture annonçait alors une “révolution” de la musique, une fête dédiée à la célébrer sous toutes ses formes le temps d’une journée, permettant de se retrouver entre passionné-es. Nous en sommes bien loin aujourd’hui : la Fête a perdu de sa saveur. Institutionnalisé, récupéré voire réprimé par le pouvoir, le 21 juin a perdu sa douce odeur de liberté, désormais rigoureusement encadré par des arrêtés préfectoraux, bloqué et harcelé par des agents armés. En effet, une fête qui se voulait inclusive, faite pour réunir tous les artistes, va connaître l’ultra violence des forces policières, allant jusqu’à tuer pour que la musique se tienne sage. Les musiques rebelles, libres et incontrôlables sont désormais bannies des centre-villes où il n’est plus question que de divertissement : la musique doit se consommer, la free party doit mourir.

Pour mieux comprendre le contexte dans lequel évolue ce mouvement dans les fêtes de la musique nantaise, voici deux témoignages de participants locaux aux évènements :


“La mairie de Nantes nous a grandement toléré pendant des années.
Avant les années 2010, on pouvait voir une façade de son à la fontaine du parc du Bouffay, qui regroupait un dancefloor bien rempli ambiance fortement festive mais bon enfant de ce que j’ai vécu et une coupure à 2h. Dans le même temps, sur l’île de Nantes il y avait quelques petits sons, à l’ancienne trocante, une plus conséquente à la place de ce qui est l’entrée du LC Club, maintenant Warehouse, là la musique tournait jusqu’au petit matin de ce dont je me souviens.
Cela a duré 2, 3 années sans poser problème.
Puis, à chaque fête de la musique qui a suivi, le quai Wilson et les hangars de la fabrique à glace se sont vu investi par des sonos.
Chaque année un peu plus, jusqu’à une vingtaine de façade, ils nous laissaient faire jusqu’à 4h du mat.
Le point le plus important que j’ai à ajouter, c’est au cours des années 2010 où la techno battait son plein tout le long des  quais, on avait le droit aux CRS pour nous demander de couper la musique, toujours sans heurts. D’abord via hauts parleur et projecteur dans la tronche.
Puis les dernières années, coupure 2h ils faisaient le tour de tous les sounds system un par un, en allant directement toquer gentiment sur l’épaule du Dj, faire signe que c’était fini. J’en suis directement témoin, d’ailleurs lorsque ça m’est arrivé, je savais qu’on était la première façade qu’ils venaient voir, alors j’avais poussé un peu, me disant que le temps qu’ils fassent le tour, je pouvais jouer un dernier disque… bon ils étaient revenus me voir d’un air “dis donc, tu te foutrais pas un peu de ma gueule?” et ça en restait là.
Mais il fallait voir la vague de monde livrés à eux-même une fois le son coupé, parce qu’avec le nombre de façades grandissant au fur et à mesure… le public aussi, avant 2010, il y avait juste les dancefloors de remplis. 2016/17/18 les quais étaient noirs de monde.
Ça ne me surprend pas que la préf ait voulu dire stop, ça en plus de la transformation de ce quartier de l’île… mais la façon dont ça fini est très moche.”


“Quand la situation sociale a commencé à se tendre dans la ville, notamment avec la répression féroce qu’a connu la ZAD et l’occupation permanente du centre-ville par des CRS, j’ai davantage de souvenirs de tensions avec les flics.(…)
Assez vite une tradition a été de se poser au bout de l’île de Nantes, vers la grue grise, pour finir la soirée avec du son de teuf. J’y ai été plusieurs fois à partir de 2012 ou 2013, c’est assez vite devenu une tradition dans le milieu teuf, il était acquis qu’à cet endroit ça ne dérangeait personne, la mairie en était presque contente parce que ça leur évitait des débordements dans le centre.”


Une question se pose : quelle place détient la musique électronique dans la fête ? Où sont les teufeurs et les teufeuses ? Avec sa musique trop revendicative, souvent considérée comme trop bruyante et marginale, la free party a été mise à l’écart de cet événement censé être ouvert à toutes et tous. 

Fête de la musique 2019

Depuis la fête de la musique en 2019, durant laquelle une charge violente de la police a fait un mort, les nantais-es et plus particulièrement le mouvement free party paient le prix fort face aux manquements de l’État. Cette année-là, malgré plusieurs appels passés à la mairie et à la préfecture, le dialogue avec le pouvoir exécutif fut difficile. Les informations fournies sont floues et les musiciens n’ont pas de restriction ni d’autorisation précise quant à l’organisation de la fête. 

Quand au matin, plusieurs sound systems commencent à s’installer aux endroits habituels, très rapidement des policiers indiquent qu’il est impossible de s’installer comme à l’accoutumé le long du hangar à bananes. Pour cette année, le quai Wilson sera le seul endroit autorisé. Pas de barrière, peu d’éclairage, un quai en béton longeant la Loire à l’écart du centre-ville, entouré de gros blocs de pierre sans aucun accès pour les véhicules. Après de longues discussions stériles avec la police sur les dangers de cet emplacement, l’installation commence.


“Tout le monde savait qu’il y avait la Loire en bout de piste, et que ça pouvait être dangereux, on faisait donc vachement gaffe. […] Clairement le site n’était pas sécurisé, c’était donc à nous de nous prendre en charge, de nous autogérer. La mairie n’a jamais rien mis en place car elle ne se sentait pas responsable de nous.”


L’autogestion du mouvement free party n’est plus à prouver, encore une fois elle doit se débrouiller, seule, face à l’État. Ce jour-là, la musique bat son plein partout dans la ville, petit à petit le public afflue.

Des sourires, des retrouvailles, des danses, des sounds-systems et de la tekno, une fête de la musique pleine de vie. C’était sans compter l’arrivée de la police (BAC et Compagnie d’Intervention) et du commissaire Grégoire Chassaing présent ce soir-là. La fin de la soirée arrive alors, et avec elle la violence institutionnelle.

Les forces de l’ordre exigent l’arrêt des sonos mais la musique continue de jouer jusqu’à 4h en finissant sur “Porcherie”, un titre des Béruriers Noirs bien connu dont le refrain scande que “la jeunesse emmerde le Front National”, déclenchant une vague de violence de la part de la police. Arrivant sans aucune sommation, tirant dans la foule, ils ne prêtent pas attention à la proximité de la Loire. Pire : à 4h37, le centre de commandement passe l’ordre suivant aux policiers : “Vous stoppez les moyens lacrymo, en attente de renforts”. Une alerte réitérée à 4h40 : “On temporise, la lacry va direction Loire”. Mais les policiers ne respectent pas la consigne. Des fêtard-es crient à plusieurs reprises aux policiers qu’il y a le fleuve derrière, puis que des personnes sont tombées dans la Loire, sans effet. Pendant ce temps, un jeune homme se noie.

Grenades de désencerclement, LBD et lacrymos contre de la musique. Une triste réalité et une démonstration autoritaire plus qu’inutile. Ces images d’ultra-violence marqueront à jamais les personnes venues faire la fête, quatorze personnes sont tombées dans la Loire cette année- là, l’une d’elle a perdu la vie.

2020 : pas de dialogue possible

Depuis le tragique événement de 2019, l’organisation déjà compliquée est devenue presque impossible pour le milieu de la free party. Il faut désormais se plier à des contraintes techniques en dehors de toute logique : restriction sur les emplacements, les horaires, les dispositifs de sécurité. Cette année a montré une cassure dans le dialogue et les méthodes employées par la mairie et la préfecture pour réprimer cet événement festif, en excluant toute une partie du spectre musical. 

Tout le monde en prend pour son grade, les bars et les concerts extérieurs sont soumis à des niveaux de décibels impossibles à respecter. Le manque de dialogue et de prise en considération de tous les mouvements musicaux est criant à Nantes depuis de nombreuses années. Les horaires de fermeture avancent, les libertés de faire la fête dans la ville, à contrario, reculent pour tout le monde. 


“Je suis parti de Nantes en 2016, pour n’y revenir qu’en 2020, après la mort de Steve. Désormais la fête de la musique a clairement changé : que des concerts autorisés, une musique calibrée, des flics partout. La meilleure dans mon souvenir reste quand même celle de 2021, interdite, mais qui a quand même eu lieu grâce à la détermination d’une poignée de personnes malgré la violence de la police.”


Malgré un contexte et des règles sanitaires particulièrement restrictives, une poignée de personnes décident de fêter la musique et redonner un semblant de vie à une jeunesse emprisonnée. 

Voici un témoignage sur le déroulement de la fête de la musique 2020 et la tentative d’embellir le cœur de certains.es un court instant après des mois de confinement.


“Il n’y a eu aucun échange possible, il y avait un arrêté préfectoral interdisant toute diffusion dans l’espace public en raison du COVID.
Un an avant Steve était mort noyé suite à une charge de la police sur des gamins qui de plus étaient en train de terminer la fête… Il fallait lui rendre hommage. Aussi pour toute cette jeunesse qui a été sacrifiée pendant le COVID. Les gens mourraient d’ennui, littéralement, le taux de suicide chez les jeunes étaient en explosion, il y avait un besoin urgent de joie et de vie.
Quand le son a démarré, il y a eu une explosion de joie, les gens sautaient de partout, c’était fou. Ça bippait sur tous les réseaux sociaux, les vidéos circulaient et de plus en plus de jeunes affluaient vers le centre-ville. Quand on est arrivés, il y avait une bonne centaine de personnes qui suivait une enceinte ambulante et 1h après il y en avait déjà environ 2000…
Peu après le départ, la police a tenté de bloquer le cortège, les gens sont allés vers les quais puis vers le centre par la rue des Olivettes. Et là ça a été le déluge de lacrymos. On ne voyait plus rien. C’était irrespirable. Et pourtant les gens restaient. Ils zigzaguaient dans les ruelles pour éviter les keufs mais les gens continuaient d’arriver. C’était indescriptible. Ils voulaient faire la fête, plus rien d’autre n’avait d’importance !
Quand le cortège a débouché dans une grande rue, des lignes de GM sont arrivées, on a fermé les portes du camion et on est partis avant que la nasse ne se referme. Une voiture nous a rattrapé plus loin et nous a arrêté.
J’ai été placé en GAV. Deux gendarmes m’accusaient de leur avoir foncé dessus. Je m’attendais à tout sauf à ça. Ils m’ont posé plein de questions, ils voulaient savoir si on était des teufeurs ou des militants, ils ne savaient pas trop comment nous situer et dans quelles cases nous coller.
Comme par hasard les vidéos de surveillance avaient disparu mais on a pu retrouver quelques vidéos sur le net et on est allé sur place mesurer et prendre des photos pour prouver que la version des deux gendarmes n’était pas crédible. J’ai été acquitté. 300 personnes s’étaient déplacées  pour soutenir notre action ce jour-là, c’était très émouvant.”


2021 : verrouillage policier

En 2021, le contexte encore tendu par la crise sanitaire fait que la mairie n’autorise que certains sites avec des jauges limitées. Les scènes ouvertes sont interdites par la préfecture, une fête de la musique très encadrée, plus rien avoir avec les années précédentes. Interdiction de rassemblements festifs à caractère musical, de transport de matériel de sonorisation, d’utilisation de feux d’artifice et de consommation d’alcool sur certains espaces publics. En somme, le milieu free party est visé. Cette année, le pouvoir exécutif met tout en place pour limiter les débordements. Au lieu de laisser une place au mouvement, après une fête de la musique tragique, les sounds system se font davantage réprimer. Restriction de circulation sur le Hangar a banane et le parking du quai wilson restera inaccessible jusqu’au mardi.

Une magnifique marche blanche aura lieu cette année-là, paisible et pacifique. Hélas, la famille du défunt s’est vu refuser l’accès au quai Wilson, compromettant la commémoration. L’hommage se fera alors sur le bord de Loire, en face du Maillé Brézé. Le retour en ville est filtré par les forces de l’ordre, les participant-es à la marche se voient dans l’obligation de retourner dans le centre par groupe de 5 maximum. De la stupéfaction et un sentiment d’injustice parcourent, une fois de plus, les personnes touchées.

Malgré toutes ces interdictions, un rassemblement pour “fêter la Résistance” est prévu le soir à Bouffay en soutien aux victimes des violences policières vécues deux jours plus tôt à Redon. Cette fois-ci la violence et la répression contre un événement musical a battu des records. Là où l’événement se voulait festif et voulait rendre hommage à un jeune parti trop tôt, le teknival a commencé par une longue nuit d’affrontement, une pluie de gaz et de grenade.

Le lendemain, alors que les organisateurs et organisatrices avaient finalement réussi à mettre en place du matériel pour danser malgré la fatigue, la gendarmerie mobile arrivera pour réitérer une violence indescriptible. Les forces de l’ordre se rendent sur le lieu de la fête par dizaines et attaquent les murs de son par tous les moyens possibles. Gaz lacrymogène, matraquage, destruction de matériel sans limite, les dégâts causés se chiffrent par dizaines de milliers d’euros. Un sentiment d’amertume et de rage remplissent le site attaqué : 2019 ne leur avait donc pas suffit…

Le rassemblement prévu à Bouffay rassemble beaucoup de monde suite aux heurts des derniers jours. Le soutien aux blessés de Redon était inconditionnel et les partcipant-es voulaient faire entendre leur voix. C’était sans compter le dispositif policier mis en place pour mettre à bas le plus rapidement possible cette contestation. Pour mieux comprendre l’énergie qui circulait dans le public, nous avons recueillit le témoignage d’un participant.


“De retour de Redon on était énervés, défoncés par la guerre que nous avions vécu,  on avait la haine. On avait aucunement l’envie de laisser passer Redon. On s’est appelé entre copains pour mettre un peu de bordel en ville, j’étais le seul motivé.
Je chope du matos de dézingué et un camion. Dispositif de flics qui bloquent partout, j’arrive à esquiver les barrages et j’arrive enfin à la place du Bouffay. Beaucoup de personnes présentes, on fait péter le son mais on est très vite nassés. Je fais le tour de la place 6 fois avec le camion. On avait préparé des gants en latex remplis de farine pour la symbolique du week-end. On tente de percer Commerce, il y a une énergie de fou, j’envoie du son sur la compagnie de CRS, en retour lacrymos sans merci. Perdu dans le nuage, je stagne et fais des tours sur moi-même avec le camion, j’étais abrité des lacrymos dans la cabine. Après ce court épisode, je décide de mettre fin à tout ça. Je me dirige vers les flics positionnés juste après Bouffay. 
Je m’approche d’eux tranquillement, les mains posées sur le pare-brise en faisant signe de capitulation. Lacrymos sans merci une fois de plus, je ne bouge plus mais j’ai un palais de lacrymo sous le moteur. La fumée commence à rentrer dans la cabine donc j’essaie de leur faire comprendre que je veux bouger le camion sinon j’étouffe. Le flic le plus proche du camion ne comprend pas, il me dit, la main apposée sur l’étui de son flingue, de couper le moteur.
À partir de ce moment-là, je me retrouve avec 15 flics autour du camion qui insistent pour que j’ouvre les portes mais je galère, le bouton est cassé. Je leur dis d’attendre 2 minutes mais ça doit être trop long pour eux, ils pètent la vitre du camion, ils me hurlent dessus, me choppent et me plaquent au sol sans demi-mesure. Je leur fais comprendre que je suis coopératif, qu’ils peuvent se calmer, pas la peine de mettre les menottes, ils m’insultent… tout ça pour de la musique.
Le flic chargé de moi se met à comprendre et me met gentiment dans le panier à salade. Je pars alors en GAV, une 1ère audition : rien à déclarer. Une 2ème : ils me présentent devant mon camion et me demandent ce que sont les projectiles ? Je leur réponds que je ne sais pas, j’étais au volant, je ne sais pas qui dépose quoi à l’intérieur. Pas de question sur le matériel de son. Ils me reprochent la participation à un attroupement malgré la sommation de se disperser, chose que je ne pouvais entendre fenêtres fermées avec de la musique à fond dans le camion. Je finis tout ceci après 22h de gav par un rendez-vous avec le délégué du procureur, pas content, il me condamne à effectuer un stage de citoyenneté.”


Parole d’un organisateur : “On aimerait retrouver les fêtes de la musique d’antan mais c’est fini avec ce gouvernement réglant les problèmes populaires à grand coup de gaz et de grenade mutilante. Mais on arrêtera pas de se battre pour pouvoir danser, par des voies légales ou par de la désobéissance civile… car rien n’arrête un peuple qui danse, ni la police ni la violence.” 

2022 : un retour à la normale ?

Avec la levée des restrictions sanitaires, la Fête de la musique revient à la normale, mais pas pour tout le monde. Sensation de déjà-vu, la préfecture fait tomber les arrêtés. Comme en 2021, le mouvement free party est visé. Aucun lieu n’aura été mis à disposition des sound systems. Malgré le silence des autorités, des chars de son tentent de s’intégrer au dispositif de la mairie. Ils ont tout de suite été encerclés par des CRS belliqueux cherchant à créer des tensions en interpellant des personnes au milieu de la foule. Malgré cette attitude des forces de l’ordre les organisateurs et organisatrices sont restées calmes et ont instauré un dialogue pour voir où il serait possible de s’installer. Après de longues discussions, un lieu très éloigné du centre-ville a été proposé : Rezé. Tout le monde a joué le jeu et s’est déplacé dans le calme. Encore une fois, la free party a été mise à l’écart.

Cette «fête» de la musique n’en était pas une, absolument aucun espace de liberté n’a été possible. Toute forme de contestation des violences policières ou d’hommage à Steve ont été méthodiquement écrasés et gommés de l’espace public, des sommes colossales ont été englouties pour la surveillance et la répression d’un évènement qui n’a même pas pu avoir lieu. Des hauts fonctionnaires ont multiplié des réunions de crise et dépêché des forces de toute la France pour étouffer le plus durement possible l’expression de quelques dizaines de personnes.

Pourtant quelques tentatives ont eu lieu dans le centre-ville

  • Sur l’île de Nantes, rue Paul Nizan, une immense fresque est réalisée par le collectif BlackLines. La police contrôle les personnes qui se réunissent autour de la fresque. 
  • À l’endroit de la charge mortelle de 2019, les amis de Steve organisent un hommage. La police fouille toutes les personnes s’y rendant et met la pression pour les faire partir.
  • Une grande banderole proclamant «ni oubli ni pardon» est hissée sur un échafaudage de la Place du Commerce. Elle est immédiatement arrachée par les services de la mairie.
  • Place du Bouffay, des personnes se réunissent autour d’une fresque réalisée en hommage aux personnes tuées par la police. C’est une palissade fleurie avec le nom des défunts. Au milieu de la foule et des concerts, des dizaines d’agents armés, des chefs de la police, des policiers du renseignement investissent la place et retirent l’installation.
  • Des banderoles du collectif Black Lines sont déposées au sol à Bouffay. La police encercle toutes les personnes qui se trouvent à proximité. Tout le monde est nassé et contrôlé. Même les journalistes.
  • Malgré cette énorme pression, un petit groupe sort une banderole et part en défilé improvisé dans les ruelles de Bouffay. Il n’aura pas fallu 10 minutes pour que des dizaines de policiers attaquent la banderole, l’arrachent, et arrêtent cinq personnes. C’est très violent : des individus cagoulés donnent des grands coups de matraques métalliques à des gens qui tenaient juste une banderole. Une personne termine à l’hôpital après avoir reçu des coups.

Boycott 2023

Cette fête créée par l’État en 1982 est en train, comme tout le reste de la société actuelle, de se faire vider de son sens et de sa substance par l’État lui-même, son manque de dialogue et sa bêtise.

En réponse à toutes ces aberrations, le mouvement free a décidé de se lever et de poser un teknival en bordure de Nantes en 2019 pour montrer sa présence : le TEK’STEVE’ALL

2020, une année compliquée : le covid frappe de plein fouet, et le contexte sanitaire ne permet pas de faire énormément d’événement.

2021, le Teknival des Musiques Interdites à Redon démontre une fois de plus la répression autoritaire et toujours plus militarisée de l’État, une fête au prix d’une main arrachée. Depuis, de nombreux événements libres sont organisés tous les week-end, des petits apéros entre copains aux gros événements, accompagnés de ses villages temporaires autogérés.

2022, l’anniversaire d’une association au cœur du mouvement depuis plus de 25 ans maintenant : Techno+, intervenant dans les soirées techno pour réduire les risques liés aux pratiques festives et promouvoir cette culture.

2023, le Frenchtek 30 rassemble 30000 personnes : 30 ans de fête. Depuis 30 ans, le mouvement Free Party promeut l’autogestion, du simple fait de venir s’amuser dans ses soirées jusqu’à l’organisation totalement autonome. Cette autonomie a fait ses preuves et le démontre encore aujourd’hui. Cet événement montre une fois de plus au gouvernement, à son monde capitaliste et à son État policier, que l’on peut transgresser les règles. Peut-être était-ce ça le problème majeur ? Comment le pouvoir exécutif pourrait-il laisser la place à un mouvement qui rejette le pouvoir et tout son monde ? Sur une planète où le capitalisme ronge tout ce qu’il peut se mettre sous la dent, pourquoi ne pas accepter ce milieu underground qui prône l’autogestion ?

La teuf démontre au pouvoir, depuis des années, que malgré les coups, malgré la répression, malgré les armes mises à disposition par le pouvoir exécutif pour faire plier ce mouvement, ils se relèveront. La Free Party est un mouvement revendicatif, prônant une culture démontrant la possibilité d’une autogestion. Elle est mise à bas, cachée, isolée et une fois de plus elle démontre qu’elle a tout son droit d’exister. La tekno appelle à la fête libre et à la lutte face à ce monde nécrosé. Rien n’arrête un peuple qui danse. Si l’organisation de la Fête de la musique ne peut pas accepter la liberté du mouvement Free Party, alors le mouvement Free Party boycottera la Fête de la musique. Mieux vaut une manifestive le 24 juin qu’un bain de foule commercial le 21 !

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2 réflexions au sujet de « 21 juin : une culture mise à quai »

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