Au Panthéon : Manouchian assassiné une deuxième fois ?


Dépossession de la mémoire des partisans de Manouchian


Marine Le Pen apparaît en direct pendant la panthéonisation de Manouchian

Le 12 novembre dernier, l’extrême droite française, héritière de Maurras, de Pétain et du fascisme, défilait à Paris dans une marche gouvernementale «contre l’antisémitisme» alors que la gauche, héritière de la défense de Dreyfus, de l’antifascisme et du Front Populaire en était exclue et huée.

Ce 21 février 2024, l’inversion des valeurs est allée encore plus loin avec l’entrée au Panthéon du résistant communiste arménien Missak Manouchian, assassiné par les nazis 80 ans plus tôt, et sa compagne Mélinée, elle aussi résistante.

La cérémonie avait quelque chose de malsain : elle était organisée par un gouvernement qui réalise une chasse aux étrangers, stigmatise les minorités et applique des pans entiers du programme de l’extrême droite. Un gouvernement qui est en train de s’attaquer au droit du sol, réprime les antifascistes et multiplie les références au pétainisme.

Missak et Mélinée, réfugiés et apatrides, engagés bien avant l’Occupation dans les luttes sociales et antifascistes, sont absolument tout ce que le gouvernement détesterait et chercherait à faire disparaître s’ils étaient vivants aujourd’hui.

Plus grave encore, Marine Le Pen et sa garde rapprochée ont été autorisés à assister à la cérémonie. Un parti littéralement fondé par des SS. Les héritiers de ceux qui ont assassiné Manouchian, paradaient tout sourire devant le Panthéon sur le passage des dépouilles des deux résistants.

Encore plus fou, France 2 et France Info, médias de service public, ont choisi de n’interviewer qu’une seule personnalité politique en direct : Marine Le Pen. Les journalistes n’ont fait aucun rappel des origines du Front National, parti fondé par Pierre Bousquet, Waffen SS. Ceux contre qui Missak Manouchian, les FTP-MOI et les résistants ont combattu. Il n’ont pas non plus rappelé les tortures en Algérie commises par le père de Marine Le Pen.

Ce choix éditorial est d’une perversité totale : à l’écran, la photo de Manouchian côtoyait celle de Le Pen. Puis, durant la cérémonie, les chaînes de télévision choisissaient de diffuser des plans de coupe sur Bardella, Le Pen ou Chenu. Des cadres d’extrême droite en gros plan.

Un peu plus tôt des militants communistes, venus avec les drapeaux de leur parti, ont été appréhendés par la police et leurs drapeaux ont été confisqués. C’est pourtant les rangs du PCF qui ont fourni des milliers de résistants contre le nazisme, qui ont payé le prix du sang et auxquels les Francs Tireurs Partisans étaient rattachés.

Les drapeaux rouges arrachés pendant que les héritiers de Pétain étaient en première ligne. Inversion totale.

Qui a donné ces consignes ? Était-ce même légal ? En novembre 1924, lors de la panthéonisation de Jean Jaurès, la foule agitait des drapeaux rouges mêlés aux drapeaux tricolores. Personne, alors, n’avait songé à les confisquer. À présent, même après leur mort, les figures de la gauche voient leurs engagements effacés, reniés, piétinés.

Passons sur le choix, honteux, de confier au chanteur pro-israélien Patrick Bruel la lecture de la dernière lettre de Manouchian. Entre une star richissime et proche du pouvoir en place soutenant un régime génocidaire, et un résistant ayant sacrifié sa vie pour la justice, il y a un monde.

Enfin, le corps du résistant était porté par les soldats d’un État qui l’a envoyé à la mort. Qui a rappelé que c’est bien la police française qui a arrêté le groupe Manouchian et torturé ses membres avant de les livrer aux nazis ? Qui a rappelé la responsabilité de l’État français et de ses forces répressives ? Personne.

Tout dans cette cérémonie, de la mise en scène à la médiatisation, semblait destiné à souiller ou travestir les engagements réels de Missak et Mélinée Manouchian.


C’est une violence mémorielle. Ce régime ne se contente pas d’étouffer les combats sociaux et anti-racistes actuels, il nous dépossède aussi de notre histoire.


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