CNews : racisme télévisuel soutenu par l’État français


La machine de guerre médiatique du fascisme français, CNews, est soutenue par l’État français sans remplir un seul des critères qui en feraient une chaîne de télé comme les autres


Pascal Praud rigole bien sur le plateau de CNews

Durant le génocide commis contre les Tutsi au Rwanda en 1994, un média a été l’instrument du crime de masse : la tristement célèbre «Radio télévision libre des Mille Collines». Elle diffusait en permanence des appels à la violence et répandait des propos et des chansons racistes contre les Tutsi. Après avoir préparé les esprits, elle appelait à «tuer les cafards» durant le génocide et indiquait les endroits où les Tutsi se cachaient. C’est cette propagande raciste en continu qui a rendu possible le passage à l’acte.

Plusieurs membres de ce média ont été jugés par le Tribunal Pénal International et condamnés en 2003 à des peines de 30 à 35 ans de prison. Une animatrice a été condamnée à perpétuité pour «planification de génocide» et un autre est mort en prison.

Le fascisme, le racisme, les crimes de masse n’apparaissent jamais spontanément. Il faut longuement préparer les esprits, imprégner les discours d’éléments de langage xénophobes, de préjugés. Il faut créer un «climat» propice au passage à l’acte, stigmatiser si profondément des catégories de population que leur déshumanisation devient une sorte d’évidence partagée.

En France la chaîne Cnews, possédée par le milliardaire Bolloré, se charge de ce travail. Une étude du chercheur français Julien Labarre diffusée par Médiapart révèle qu’en 2023 les mots «islam» et «immigration» étaient présents 335 jours sur 365 sur les bandeaux-titres de la chaîne. Autrement dit, il n’y a quasiment pas une journée sans que cette chaîne ne stigmatise une religion minoritaire, dont les croyant-es subissent déjà des discriminations.

Quand ces bandeaux ne parlent pas des musulman-nes, d’autres termes apparaissent, tels qu’«abaya», «wokisme», «insécurité», «peur», «délinquance» et «trafic de drogue», qui apparaissent au moins une fois tous les trois jours dans les bandeaux-titres.

Même sur les autres sujets, les animateurs font systématiquement des liens xénophobes avec l’actualité, par exemple Pascal Praud qui avait fait un lien entre punaises de lit et immigration. C’est ce qui s’appelle du bourrage de crâne, Cnews crée ainsi une «ambiance» médiatique qui infuse ensuite dans le reste des médias.

Depuis le 7 octobre, Cnews se rend intégralement complice du génocide, en relayant systématiquement le narratif du gouvernement d’extrême droite israélien, déshumanisant les palestinien-nes de la même manière que l’extrême droite française déshumanise les minorités en France.

En terme de pluralisme politique, il n’y a eu que 4 invités de gauche sur 79 personnalités interrogées en 6 mois. Contrairement à ce qu’affirme la chaîne, il s’agit bien d’une ligne éditoriale néofasciste.

Cette propagande porte ses fruits. Au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2022, Marine Le Pen a remporté 67% des suffrages, une large majorité, parmi les téléspectateurs et téléspectatrices de CNews qui disent regarder la chaîne plusieurs fois par jour, soit 25 points de plus que l’ensemble des Français·es sondé·es.

Quant à Éric Zemmour, le chouchou de Bolloré, il a cumulé 25,4% des voix au premier tour, soit +18,4% par rapport à son résultat dans la population globale. Un score quasiment multiplié par 4.

Récemment, Cnews s’est aussi illustrée par son militantisme anti-IVG, en prétendant que le droit à l’avortement serait la première cause de mortalité au monde, où en diffusant des émissions catholiques intégristes délirantes, mettant en scène le combat des anges contre les démons, dignes des pires show évangélistes d’Amérique.

Liberté d’expression ? Peut-être, si l’on considère que le corps des femmes, le recul de droits fondamentaux ou le racisme est un sujet de discussion, ce qui est déjà, en soi, largement discutable.

Sauf que Cnews n’est pas une chaîne marginale : les membres du gouvernement se rendent régulièrement sur le plateau de Bolloré et que ce média impose dans l’actualité des thématiques ou des mensonges qui façonnent l’opinion. Ses contenus décomplexent la parole raciste, qui se banalise dans la société et engendre certains passages à l’acte, comme en témoignent la forte augmentation des violences d’extrême droite ces dernières années.

Il y a un autre problème plus grave encore : c’est l’État qui offre les fréquences aux chaînes de télévision. Les fréquences dédiées à la TNT permettent à 97% de la population de recevoir ces chaînes gratuitement par une antenne, et sont données par l’Arcom, anciennement le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) : l’autorité de régulation de l’audiovisuel. Rien n’oblige l’État a fournir à Bolloré des fréquences qui lui permettent de toucher 70 millions de personnes. En principe, l’Arcom doit s’assurer que les chaînes sont en «capacité de répondre aux attentes d’un large public», qu’elles permettent la «sauvegarde du pluralisme des courants d’expression socioculturels» et qu’elle produisent de l’information. Aucun de ces critères n’est réuni pour Cnews.


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