Les Sherlocks de la surveillance


Derrière l’anecdote ridicule, la généralisation de la surveillance


Une photographie de la balise observée par les personnages de Dupond et Dupont

Alerte générale dans le Val-de-Marne jeudi soir ! Un homme est contrôlé au volant par des policiers dans la ville de Joinville-le-Pont. Les agents font sortir les occupants du véhicule pour un contrôle et le fouillent de fond en comble. Il faut dire que le conducteur est fiché S, comme des milliers d’autres personnes en France. Lui, c’est dans le fichier des «islamistes».

«En fouillant le véhicule, ils découvrent sous le siège conducteur un dispositif artisanal semblant constitué de plusieurs piles, reliées à des fils électriques et entouré de scotch noir» décrit BFM TV. Les trois occupants de la voiture sont placés en garde à vue, la police installe un énorme périmètre de sécurité jusqu’à 3h du matin, les agents détournent la circulation en disant aux automobilistes qu’il se passe quelque chose de «très grave».

Finalement, le laboratoire de la préfecture annonce que l’engin, que les policiers ont pris pour une bombe, est un système de tracker GPS constitué de piles, de fils électriques et d’une petite antenne. Il s’agit d’une balise pour surveiller les déplacement de l’homme fiché S. Celui-ci a dû passer une excellente soirée : contrôle, garde à vue, et découverte d’un mouchard dans son véhicule.

On pourrait rire de l’infinie bêtise de la police française, mais ces ustensiles sont de plus en plus utilisés par les services de renseignement.

En janvier dernier, une figure de la lutte contre les mégabassines dans les Deux-Sèvres a déposé son véhicule chez son garagiste. Celui-ci a découvert «un petit boîtier, noir et pas plus gros qu’une boite d’allumette», soigneusement caché, aimanté sous l’essieu avant de son camion. Il s’avère qu’il s’agit d’une balise GPS permettant à la police de le géolocaliser en temps réel à chaque déplacement.

En décembre 2022 en Allemagne, une caméra et un microphone ont été retrouvés par des militants sur un vélo, cachés sous la selle, à l’intérieur d’un conteneur ressemblant à une trousse à outils.

Encore plus affligeant le 30 décembre dernier. «Vers 20h30, dans le 10e arrondissement de Paris un véhicule est contrôlé» et les policiers découvrent «une installation comprenant des antennes blanches» ainsi qu’une «caisse dans le coffre avec un dispositif pouvant faire penser à une bombe». Les services de déminage sont alors diligentés sur place, écrivait la presse. Les démineurs font immédiatement exploser la voiture en pleine rue ! Soulignons que cet événement a eu lieu près du centre culturel Kurde visé quelques jours plus tôt par un attentat raciste.

En réalité, il ne s’agissait pas d’une «bombe», mais d’un IMSI Catcher, un appareil qui permet d’espionner et d’intercepter les communications. L’IMSI Catcher joue le rôle d’une petite antenne relai portative et aspire les données des téléphones qui passent à proximité. Un policier avouait : «Il n’y avait rien de dangereux dans cette mallette, c’est une simple levée de doute». «J’ai entendu un grand boum et un policier qui gardait le carrefour m’a dit qu’il allait bientôt rouvrir la circulation» explique une passante au même journal. Circulez, y’a rien à voir.

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