Dans les médias dominants : le grand remplacement fasciste

Six couvertures du JDD, toutes plus fascistes les unes que les autres

À partir de cette semaine, le Journal du Dimanche, hebdomadaire à grand tirage, est officiellement dirigé par un fasciste. Le JDD c’est un journal diffusé à 130.000 exemplaires chaque dimanche, avec une ligne macroniste, pro-police, pro-patronale, et toujours servile. Le JDD, c’est une propriété du milliardaire Lagardère, héritier d’une fortune bâtie sur les ventes d’armes, au sein d’un consortium appartenant à un autre milliardaire : Bolloré. À la demande de ces grandes fortunes, le journal évolue d’une ligne macroniste extrême à une ligne d’extrême droite. C’est une continuité plutôt qu’un virage, c’est un changement de nuance mais pas de nature. Explications.

Qui est Geoffroy Lejeune, le nouveau directeur du JDD ? Cet homme est l’exemple vivant qu’en France, même si vous êtes médiocre, arriviste et incompétent, il suffit d’être d’extrême droite pour réussir. Ces dernières années, ce jeune joufflu raciste est propulsé au sommet du monde médiatique par ses amis milliardaires.

Geoffroy Lejeune, 34 ans, est un ami de Marion Maréchal et d’Eric Zemmour. Régulièrement invité sur les plateaux de télévision, il a dirigé l’hebdomadaire Valeurs Actuelles ces dernières années. Sous sa direction, Valeurs Actuelles a perdu 10% de son lectorat, les visites sur le site sont en chute libre, l’hebdomadaire termine avec 60.000 euros de déficit et un chiffre d’affaire qui a perdu 21%.

Entre-temps, le journal a multiplié les articles racistes, mensongers et réactionnaires, au point d’être condamné pour «injure publique à caractère raciste» après avoir représenté la députée noire Danièle Obono en esclave. Geoffrey Lejeune est mauvais, mais il a un talent aux yeux de Bolloré : être raciste. Ce qui lui assure une carrière exceptionnelle, pendant que des centaines de journalistes compétent-es et impliqué-es sont condamné-es à la précarité ou au chômage.

Lorsque Lagardère a annoncé l’arrivée de Lejeune au JDD, les salarié-es se sont opposé-es à 100% au changement de direction et se sont mis en grève pendant 4 semaines. Depuis le début de l’été, l’hebdomadaire n’a pas paru, c’est une crise inédite dans la maison. Lagardère a méprisé le mouvement de la rédaction, qualifiant Geoffroy Lejeune de «talent brut (sic) du journalisme français» qui aura «la mission d’incarner l’excellence à savoir : les faits, l’investigation et le devoir d’informer». Le 1er août, le fasciste prenait officiellement sa fonction, et la longue grève du JDD s’arrêtait sans avoir été entendue.

Lejeune n’a aucun amour propre. Il arrive dans une rédaction où l’intégralité des salariés ont préféré perdre un mois de salaire plutôt que de lui dire bonjour. Il remplace Jérôme Béglé, qui était auparavant directeur du Point, chroniqueur régulier sur CNews, et qui dirigerait le JDD depuis l’an dernier. Bolloré le transfère chez Paris Match. C’est le jeu de chaises musicales dans son empire médiatique.

Est-ce un réel tournant ? Pas vraiment. Le JDD a multiplié ces dernières années les Unes mettant en valeur Eric Ciotti, Laurent Wauquiez ou Gérald Darmanin. Le journal a été de toutes les offensives réactionnaires, complice de tous les mensonges du pouvoir. C’est le JDD qui inventait déjà en 2017 des «boules de pétanques hérissées de lames» et des «caches d’armes» sur la ZAD pour justifier l’opération militaire à venir à Notre-Dame-des-Landes. C’est le JDD qui légitimait la répression sanglante à Sainte-Soline ou durant les derniers mouvements sociaux. C’est le JDD qui publie régulièrement des tribunes contre le «séparatisme» ou «l’islamo-gauchisme». C’est le JDD qui offrait, durant la campagne, des couvertures et des pages complètes à Le Pen et Zemmour tout en qualifiant Mélenchon de «danger». Le JDD a toujours été en première ligne pour promouvoir la parole policière et la dérive néofasciste. Il n’y a aucun «changement» cet été : c’est la suite logique.

Les grévistes du JDD ne se sont pas émus de la ligne éditoriale réactionnaire ces dernières années, ni des basses opérations de propagande du journal. Rappelons que Mohamed Sifaoui, mis en cause pour avoir touché l’argent du Fonds Marianne, écrivait des articles pour le Journal du Dimanche tout en étant également consultant pour le ministère de l’intérieur. Une propagande en circuit court du pouvoir policier vers les colonnes du journal. Si les grévistes du JDD s’inquiétaient vraiment, ils pouvaient quitter le journal et monter un nouveau média indépendant en-dehors des griffes de milliardaires.

En 1944, les organes clandestins de la Résistance antifasciste fondaient le projet du Conseil National de la Résistance. Ils avaient parfaitement compris le rôle des médias dans la montée du fascisme en Europe et de l’importance d’une presse indépendante pour s’y opposer. Dans les ordonnances du CNR, on trouve la promesse d’une «presse libérée des puissances d’argent». 80 ans plus tard, nous avons totalement reculé, cette sécurité a été la première mesure du CNR à être détricotée dès les années 1960.

Oui, l’horizon médiatique se resserre à mesure que l’extrême droite impose ses idées, à l’image du JDD. Mais beaucoup de médias indépendants éclosent partout, comme autant de contre-pouvoirs, fragiles mais essentiels. C’est le cas de Contre Attaque. Lisez, partagez, financez les médias indépendants comme le nôtre, et laissons la presse des puissants sombrer.

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