Explosion des violences racistes : pas une minute dans les JT d’entre-deux-tours


Le média “Arrêt sur Image” a regardé tous les JT de TF1, M6 et France 2 cette semaine : aucun n’a évoqué un seul acte raciste


Sur les JT des grands médias, on ne parle d'aucun acte raciste entre les deux tours

Tous les français ont entendu parler du keffieh de Rima Hassan lors d’un discours de Mélenchon. Les Journaux Télévisés et les chaines en continu y ont consacré des sujets entiers et des heures de débats. Un candidat insoumis serait «fiché» parce qu’il lutte contre l’extrême droite ? Des jours en boucle à la télé, et la gauche obligée de se justifier. Les accusations d’antisémitisme mensongères contre Mélenchon ? Les plateaux télé en ont encore parlé tous les jours, comme depuis des mois. Les embrouilles ridicules entre François Ruffin et la France Insoumise ? Des prime time, des «débats» et des reportages. L’explosion des violences racistes dans tout le pays ? Rien. Pas une seconde à la télé.

Ces derniers jours, Mediapart a recensé «au moins trente-cinq événements racistes» sur le territoire. Les gros scores de l’extrême droite ont banalisé le passage à l’acte. Il y a eu des coups de feu aux cris de «mort aux arabes» dans le Gard, par un individu déjà condamné pour des faits de violences et de racisme. Il y a eu une série d’agressions racistes dans l’Herault par un commando roulant en 4X4. Il y a eu cette homme musulman tabassé sur le pas de sa porte aux cris de «sale bougnoule» dans l’Ain. Il y a eu l’exécution d’un algérien sans abris de 7 balles par un policier hors service, qui a ensuite photographié le cadavre. Il y a eu des militants RN armés de matraques semant le terreur devant une école, et ce chauffeur de bus percuté par un raciste hurlant «sale bougnoule» en région parisienne, ou encore des menaces racistes contre des journalistes, un ado maghrébin tabassé à Rouen aux cris de «gratteur d’alloc», et plusieurs lettres de menaces aux propos fascistes. Il y a eu, bien évidemment, ces dizaines de candidats RN ayant tenu des propos racistes, antisémites, homophobes, arborant des symboles nazis. Et la liste n’est pas exhaustive.

Cette série de faits gravissimes auraient dû occuper tous les sujets d’actualité cette semaine. Pourtant, le média indépendant «Arrêt sur Image» a épluché les Journaux Télévisés de TF1, France 2 et M6. Et il a constaté que ces chaines, regardées par des millions de personnes, n’ont pas consacré une seule seconde de la semaine à ces actes racistes. Pas une seconde.

Ces médias influencent lourdement l’élection. Une telle dissimulation modifie profondément le scrutin au profit de l’extrême droite, qui a pu continuer à se normaliser tranquillement. À l’inverse, si ces agressions racistes avaient fait la Une des JT cette semaine, l’ambiance politique serait très différente.

Les médias dominants avaient déjà fait preuve d’une telle “discrétion” juste avant les présidentielles de 2022 : un joueur de rugby international, Federico Aramburù, avait été assassiné en pleine rue par des néo-nazis à Paris, après s’être interposé dans une agression raciste. L’assassin militait dans des cercles proches de Zemmour et Le Pen, et avait des amis policiers. Cette information, cruciale aurait joué en défaveur du RN si elle avait été sérieusement diffusée. Mais les médias l’avaient quasiment passée sous silence, et aucun responsable politique n’avait réagi. Avec les conséquences que l’on sait : Marine Le Pen au second tour peu après.

Ce traitement scandaleux de l’information n’est pas nouveau. L’équipe d’Arrêt sur Image a aussi regardé 46 journaux télévisés en février dernier pour mesurer le traitement du massacre à Gaza par l’armée israélienne. Sur 29 heures d’antenne, au total, le sort des habitant.e.s de Gaza n’a été évoqué… que 5 minutes ! Et seulement sur France 2. TF1, le journal de 20h le plus regardé de France, par 5,5 millions de personnes en moyenne, n’a pas dit un mot du sort des 2,4 millions d’habitant.e.s de Gaza. Comment se faire une opinion, quand la majorité des informations n’arrivent tout simplement pas aux oreilles de la population ?

Sur BFM, la consigne donnée avant les législatives est carrément de mettre à l’antenne davantage «d’éditorialistes de droite et droite +». Un ordre de la direction de BFM à ses programmateurs, révélait Médiapart il y a quelques jours, avec une liste d’éditorialistes d’extrême droite qu’il faut inviter : un ex-communiquant du RN, le “JDD” et des journalistes de «Valeurs actuelles». Les «chroniqueurs» du journal d’extrême droite condamné pour racisme sont ainsi invités plusieurs fois par jour sur les plateaux. Le média Arrêt sur Image, avait par exemple comptabilisé les interventions de membres du Valeurs Actuelles : «Du lundi 10 au vendredi 14 juin inclus : pas moins de quatre journalistes du magazine d’extrême droite s’y sont succédés, jusqu’à 7 fois par jour, dans 21 passages au total».

Une majorité de la population – surtout les personnes les plus âgées – vit dans une bulle informationnelle totalement décorrélée du réel. Elle n’est informée ni des crimes israéliens à Gaza, ni des violences racistes, ni des problématiques sociales. Les médias de masse leur cachent tout, et les imprègnent d’un bain idéologique fascisant, où la gauche serait la «vraie menace» pour la République, et où la France est présentée comme un coupe gorge envahi de migrants, le tout commenté en plateau par des syndicalistes policiers et des militants lepénistes. Il est impossible de faire société avec un tel niveau d’intoxication et de privation d’information.


Si l’on veut espérer éviter le fascisme, débrancher les médias dominants et développer les nôtres sont des priorités absolues.


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